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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/28

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doute n’était-il encore que général de brigade, mais ses manières, son éducation, sa douceur, son amour valaient bien une étoile. Constance déjà l’appelait son petit père et le traitait en « parrain. » Tout était donc pour le mieux et, le 10 brumaire an VIII (31 octobre 1799), Mme Dubayet se mua en Mme Saint-Cyr.

La lune de miel, s’il était convenable qu’il y en eût une, fut brève, Carra Saint-Cyr ayant été désigné pour un emploi de général de brigade à l’armée de réserve. Il n’y était pas encore arrivé le 10 floréal (30 avril 1800), mais le 10 prairial (30 mai) il était à Ivrée en possession d’un commandement indépendant : il correspondait directement avec le chef de l’état-major général, avec le commandant en chef et même avec le Premier Consul ; il s’en tirait à merveille, même n’ignorait-il pas les moyens de se faire bien venir. Ainsi écrivait-il à Bonaparte à la fin d’un rapport, de style et de tournure tout militaires : « Je ne peux pas me dissimuler, citoyen Consul, que le poste qui m’a été confié par le général en chef ne soit très délicat et, peut-être au-dessus de mes forces, mais puisse-t-il au moins me donner l’occasion de vous convaincre de mon sincère et entier dévouement ! »

Incorporé ensuite dans la division Monnier, qui faisait partie du corps de Desaix, il prit une part active à la bataille de Marengo à la tête de 700 hommes de la 19e légère : « il enleva le village de Ceriolo à la face de l’armée ennemie au moment même où l’armée était en retraite ; il opéra la sienne en ordre, soutenu seulement par la 70e de ligne, » et fut cité par Monnier pour son talent et son sang-froid. Son nom ne figura pas au bulletin, mais le Premier Consul l’avait retenu. Aussi bien, Mme Carra Saint-Cyr était à présent des habituées des Tuileries, et sa fille, durant que Caroline Bonaparte était à Saint-Germain, avait acquis ses bonnes grâces. Sans doute fut-ce à Caroline Murat qu’elle dut son mariage.

Élevé au commandement en chef de l’armée d’observation du Midi et des troupes françaises stationnées dans la République cisalpine, le général Murat, qui avait porté son quartier général à Milan le 2 fructidor an IX (2 août 1801), y avait trouvé et conservé pour chef d’état-major le général Charpentier. Ce Charpentier appartenait à une de ces familles que de petites charges élevaient par degrés à certaines apparences de