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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/266

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homicide la surpopulation, il offre à l’homme, pour unique moyen de sauver le genre humain, une vertu.

La raison nouvelle se déclara malthusienne, en faussant la doctrine qu’elle prétendait rajeunir. Elle n’avait plus en faveur des naissances restreintes les argumens qui décidèrent Malthus. Les études contemporaines prouvent qu’il avait commis une double inexactitude ! les subsistances augmentent plus vite et la population moins vite qu’il ne supposait [1]. La mise en valeur du globe exigerait deux ou trois fois plus d’êtres que le globe n’en porte, l’univers trouverait plus d’avantages à la multiplication qu’à l’amoindrissement des naissances. Si rapidement qu’elles peuplent l’univers, elles seront sans doute plus lentes que les découvertes de la science, et la chimie tient en réserve pour la subsistance des vivans des énergies non captées et inépuisables [2].

A la restriction des naissances manquait donc le prétexte d’une nécessité. Mais il n’était plus besoin de prétexte. Le devoir de la paternité s’imposait aux époux certains que nul acte et nulle omission n’échappent au regard justicier de Dieu. Mais ce postulat de superstition avait été détruit par la science du doute, croyante seulement aux réalités. Une réalité restait au fond du creuset où s’étaient évanouies en vapeurs les hypothèses de Dieu, d’une loi surhumaine et d’une vie future : c’était l’homme avec son instinct d’être heureux par la vie présente. Sa seule loi de nature est son bonheur, et de ce bonheur chaque homme est le seul juge. Désire-t-il se perpétuer en des êtres semblables à lui, il a le droit de créer. Estime-t-il que son existence deviendrait trop pesante à s’alourdir d’autres destinées, ou que l’existence même ne vaut pas la peine d’être continuée, il a droit de ne pas transmettre la vie. Lui fût-il évident que cette abstention multipliée affaiblirait une race et enlèverait à la longue, avec le nombre, les autres primautés à un peuple, cela ne suffit pas à créer à l’être ignorant de son origine et de sa destinée un devoir envers un avenir où il ne sera plus, et il n’y a pas a s’étonner s’il songe

  1. Voir les réfutations du postulat malthusien par Paul Leroy-Beaulieu, La question de la population. Alcan, 1913, p. 91 à 171.
  2. Les formules les plus hardies de cette foi à la science ont été accumulées par Berthelot dans le discours du 5 avril 1894 au banquet de la Chambre syndicale des produits chimiques.