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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/247

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nombre. Durant le XIXe siècle, le renversement de la hiérarchie se continue au profit d’autres races qui, non seulement en Europe, mais dans l’univers, continuent à grandir plus que nous, et, au XXe siècle, la Russie avec 130 millions d’habitans, les Etats-Unis avec 100, l’Allemagne avec 70, le Japon avec 52, l’Autriche avec 48, l’Angleterre avec 44 devancent la France qui, avec 39, est passée du premier rang au septième. Encore n’est-ce que le début d’un déclin que les années précipitent. Déjà onze fois, à intervalles de plus en plus proches, les décès en France ont été plus nombreux que les naissances. Rien ne croît plus que la stérilité des familles.

Sous François Ier, au moment où l’on commença de constater un affaiblissement de la vigueur ancestrale, on comptait en moyenne sept enfans par famille. Sous Louis XIV, il n’y en a plus que cinq ; en 1789, quatre ; en 1870, trois ; en 1914, deux. Deux enfans par famille, voilà pour une race le nombre de décadence. Il suffirait tout juste à maintenir stationnaire la population, et chaque couple serait remplacé par deux êtres qui prendraient sa place, pourvu que tous survécussent et se mariassent à leur tour. Mais chaque génération a ses jeunes rebelles à la vie et ses réfractaires au mariage. Le célibat, vocation faite surtout par la fantaisie du caractère et du cœur, état le plus rebelle au mesurage et aux moyennes, a pourtant été saisi par la statistique comme un phénomène constant : il recrute du neuvième au sixième de chaque génération. Si le neuvième ou le sixième des adultes s’abstient de perpétuer la race, tout le vide ouvert par la mort ne sera pas comblé par les deux enfans qui, à chaque foyer, prennent la place de leur père et de leur mère. L’amoindrissement de la race est donc inévitable et progressif.

Certains, qui mettent leur courage à ne s’inquiéter jamais de rien, s’accommodent de cet amoindrissement comme s’il marquait non une maladie, mais simplement une date dans notre existence. Un âge viendrait pour les races où elles n’ont plus besoin de grandir pour se conserver, et elles auraient la preuve qu’elles sont parvenues à la plénitude de la force quand l’accroissement du nombre se ralentit. C’est, il est vrai, une règle de nature que les populations sorties de l’adolescence progressent d’une marche plus lente. Mais tant qu’elles sont dans leur maturité vigoureuse, elles ne restent jamais sur