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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/243

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Affaires étrangères, pour l’Entente, le gouvernement italien, c’est lui.

En Russie, le cabinet de coalition, formé par M. Kerensky, — six socialistes, neuf bourgeois libéraux ou radicaux, deux militaires, — vient de se présenter devant le « Pré-Parlement, » ou « Conseil provisoire de la République russe. » Sur le titre légal de ce Pré-Parlement, ses droits, ses pouvoirs, sa composition même, il y aurait beaucoup à dire. Mais M. Kerensky tout le premier, et le Pré-Parlement avec lui, ne nourrissent là-dessus aucune illusion. Il s’agit simplement de gagner, comme on le pourra, les élections à la Constituante. Ce qu’il faut du moins indiquer, c’est que le gouvernement s’est trouvé sans délai en butte à l’obstruction aveugle et sourde, mais hurlante, des « maximalistes. » M, Trotsky est sorti, suivi de sa bande, avec des invectives et des défis. Notons, à ce propos, que M. Trotsky s’appelle, à l’état-civil, Bronstein, et qu’il est l’un des séides de Lénine, qui s’appelle Zederblum. A ce propos encore, exprimons le vœu, si les délégués régulièrement investis du gouvernement provisoire doivent être accompagnés, à la prochaine conférence interalliée, d’un « représentant des élémens démocratiques, » ce représentant vienne à visage découvert, sous le nom de son père, et non sous un pseudonyme; que Feldmann ne se travestisse pas en Tchernoff, Nahimkes en Stekloff, Apfelbaum en Zinovieff, Rosenfeld en Kameneff, Furstenberg en Ganetzky, etc. La moindre des précautions que les Alliés puissent prendre, avant d’étaler leurs secrets, est de savoir exactement à qui ils ont affaire.

En France, nous avons côtoyé la crise; mais nous l’avons évitée, ou elle paraît différée, — pour combien de jours ? Tout s’est borné au départ de M. Ribot, remplacé par M. Barthou, à qui son intelligence prompte et souple permettra d’abréger son apprentissage. La démission collective du ministère entre les mains du président du Conseil, dont la démission personnelle était refusée, n’a été, au résultat, qu’un simulacre. Pour faire tomber un seul portefeuille, on a fait semblant d’en rendre vingt-neuf. L’origine même de cet imbroglio médiocre doit demeurer mystérieuse. L’intérêt national ordonne de la taire. M. Ribot s’en va, salué par tous ceux qui ont pu mesurer ou peser ce qu’il avait apporté, dans le Conseil, de savoir et d’expérience et ce qu’il en emporte. Il se peut que, du fait de tel ou tel, une erreur ait été commise, mais on ne corrige pas une erreur en y ajoutant une faute. Quoi qu’il en soit, nous avons encore un ministère : nous voudrions être aussi sûrs d’avoir enfin un gouvernement.