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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/223

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grande lumière ; et l’hostie avait l’apparence d’un petit enfant très beau… L’évêque de Spolète écouta ce que sœur Françoise relatait : mais il lui demanda si une autre sœur avait pareillement vu ce prodige. Elle répondit qu’elle n’en savait rien. Le notaire Martin consigna cette vision de sœur Françoise et que sœur Françoise était unique témoin. Une autre fois, — ce fut le jour des calendes de mai, de quelle année ? — sœur Françoise vit de nouveau le petit enfant très beau, sur la poitrine de Madame Claire et sut que c’était l’enfant Jésus ; et, sur la tête de la sainte, elle vit deux ailes, plus brillantes que le soleil, qui se levaient et s’abaissaient, couvrant, lorsqu’elles s’abaissaient, la sainte tout entière. L’évêque de Spolète pria sœur Françoise de lui vouloir dire si d’autres sœurs avaient contemplé cette grande merveille : « Elle répondit que non et qu’elle-même n’en avait jamais parlé à personne… » Elle en parlait tardivement « pour la gloire de Dieu et de sa sainte mère Claire qu’elle aimait tant… » L’évêque de Spolète n’eut pas à douter de l’amour que gardait sœur Françoise à la mémoire de Madame Claire. Au monastère de Saint-Damien, Madame Claire faisait venir de pieux et touchans prédicateurs. Un jour, ce fut frère Philippe d’Antria et Thomas de Celano dit qu’il était doué d’une céleste éloquence. Tandis qu’il parlait, sœur Agnès d’Assise, — mais il y a deux Pauvres dames de ce nom ; l’une était la sœur de Madame Claire, un peu plus jeune, entra au monastère peu de jours après elle, mourut peu de semaines après elle : et c’est de l’autre qu’il s’agit, — sœur Agnès vit auprès de Madame Claire un jeune enfant d’une extraordinaire beauté. Vite, elle se mit en oraison, suppliant Dieu de ne permettre pas qu’elle fût induite en illusion par le Malin : car elle avait cru reconnaître en ce jeune enfant le divin enfant Jésus. Alors, elle entendit ces paroles : « Je suis au milieu de vous. » Elle comprit que Dieu était au milieu des Pauvres dames, lorsque celles-ci étaient parfaitement ferventes et attentives à la prédication. L’évêque de Spolète pria sœur Agnès de se rappeler toutes les circonstances du miracle, et les dates précisément. Elle répondit que c’était dans la semaine du temps pascal, et quand on chante Ego sum pastor bonus. Si l’on s’étonne que sœur Agnès n’eût point écrit, dès le jour même, un tel souvenir, eh ! bien, non. Très probablement sœur Agnès ne savait pas écrire. Madame Claire, abbesse des Pauvres dames, et qui était de grande famille, ne le savait pas davantage. Quand elle fut à l’heure de rédiger son testament, elle dut le dicter à l’une de ses filles en religion qui, par hasard, était « instruite des lettres. » Sœur Agnès ne put dire l’année : elle se souvint