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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/210

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premiers chevaux kurdes. Et cette vision étonnante ne fut pas inutile pour convaincre certains esprits sceptiques qui persistaient à juger infranchissable par une armée l’immensité désertique tendue à l’Est du fameux canal.

Un matin, comme l’aube venait à peine de poindre, les yeux encore lourds d’un sommeil trop tôt interrompu, les Néo-Zélandais durent s’ébranler. D’un vigoureux coup de reins ils hissèrent sur leurs épaules le pesant sac de marche et, de leur pas cadencé, gagnèrent par la berge blanche El Ferdan, à six milles au Nord d’Ismaïlia. Là, sur la rive d’Asie du canal, deux compagnies de Gourkas tenaient une tête de pont solidement occupée. Le matin même, armés de leur redoutable kukris, ils venaient de surprendre une patrouille ennemie. Aussi, sentant l’attaque proche, l’état-major leur dépêcha-t-il du renfort, et ce furent deux compagnies du régiment néo-zélandais de Canterbury qui rallièrent l’avant-poste dans la nuit du 1er février 1915.

Le soir tombe et l’immense lagune d’Ismaïlia s’illumine subitement de feux inconnus. En temps de paix, ses eaux sans profondeur ne s’éclairaient que des pâles clartés lunaires, tandis qu’à l’Orient scintillaient les lumières d’Ismaïlia. Mais, ce soir-là, tous les projecteurs du croiseur Clio flamboyèrent soudain et par-dessus la lagune se tendit une voûte d’acier faite des obus qu’échangeaient le vaisseau et les canons ottomans. Et ce fut au son des grosses pièces de marine, à la lumière des flammes géantes qui sortaient de la gueule des canons, que les Néo-Zélandais reçurent le baptême du feu, tandis que, en dépit des éclaircies subites qui les indiquaient aux coups de l’ennemi, un bac mené par les Gourkas les conduisait sur la rive orientale.

Le lendemain, ils occupaient la gare d’El Ferdan.

Dans la nuit suivante, les Anglais avaient atteint le passage entre Ismaïlia et Tussum, lorsque la XXVe division turque déclencha son attaque. A la lueur des obus, sous la clarté fulgurante des projecteurs, illuminés par le parasol multicolore des fusées, les Anzacs voyaient distinctement des formes noires se profiler sur la rive opposée. Dans le lointain, des feux de bengale de leurs flammes rouges, vertes et bleues, lançaient autant d’ordres d’attaque aux soldats de Djemal, tapis dans les rides du sable. Et les Anzacs, saisissant alors leurs larges pelles au manche court, se creusèrent, en hâte, des