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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/209

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matinale ; une allégresse se peint sur tous les visages. Mais bientôt, à mesure que le soleil darde plus droit ses rayons, la chaleur augmente et les hommes commencent à souffrir. Après une ou deux heures, les souliers, les armes sont surchauffés, au point que leur seul contact donne une impression de brûlure. Un nuage de sable monte toujours plus haut, toujours plus épais autour de la colonne en marche. La soif grandit et, cependant, on refuse au soldat altéré la boisson dont un mirage lui fait imaginer le délice, car ce serait diminuer, sur-le-champ, ses moyens de résistance. Silencieux, obstinés, les Anzacs, — tous volontaires de guerre, — continuent de marcher, les yeux brûlés et la bouche sèche avec, entre les dents, des grains de ce sable fin qui les exaspère. Enfin, quand le clairon sonne : fin d’étape, les hommes se groupent dix par dix, déposent le sac, se restaurent d’une ration de pain et de fromage. Et la marche reprend, interminable, sur la route sablonneuse et brûlante qui de Suez s’allonge, éclatante de lumière, vers la lointaine et pourtant proche Héliopolis.

Nulle fatigue, nulle contrainte ne rebuta les Anzacs, pourtant si peu habitués à la discipline, si jaloux de leur indépendance. Ainsi, cette armée sans passé, sans tradition, née d’un jour, si on la considère au regard de ses nouvelles obligations, devint un corps puissant, entraîné, d’une souplesse exemplaire. Les Anzacs allaient constituer une élite.

Des trente mille Australiens et Néo-Zélandais réunis à Héliopolis, le lieutenant-général Birdwood qui les commandait fit une division mixte qu’il confia au général Godley, auteur de l’organisation militaire de la Nouvelle-Zélande. Et aux premiers jours de février 1915, sur un ordre soudain, nos alliés du Pacifique montaient en chemin de fer, dirigés vers le canal de Suez.

A ce moment, la menace de Djemal pacha contre cette ligne de communication essentielle, sinon vitale pour l’Entente, se révéla d’une gravité insoupçonnée. Le haut commandement égyptien fit appel à toutes ses forces. L’attaque s’annonçait imminente. De leurs courses lointaines par-dessus la péninsule du Sinaï, les aviateurs rapportaient l’annonce de fortes concentrations d’armées. Les points d’eau leur avaient paru grouiller de monde ; et ils ne se trompaient pas. Les informations aériennes se trouvèrent confirmées, lorsque, sur les côtes dorées du désert, les patrouilles britanniques virent se profiler les