Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/208

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Durant plusieurs jours, une vie intense se déversa sur les vastes quais du grand port égyptien. Le ciel était coupé par l’incessant va-et-vient de soixante grues, qui débarquèrent chevaux, canons, voitures, matériel de campement. Puis, tous ces hommes, tous ces chevaux, tout ce matériel s’ébranlent. C’est un nuage de poussière, d’où émerge une longue coulée de têtes, d’encolures, de bâches, où le soleil allume des clartés dans le reflet de l’acier. C’est un sourd murmure qui se perd dans le lointain, devant la merveille de cette nouvelle course aux Pyramides. Le 5 décembre, au soir, les Néo-Zélandais commençaient d’atteindre le camp de Zeitoun, à 1 500 mètres d’Héliopolis, qui allait aussi attirer à elle les Australiens, un moment campés devant Mena. Sur l’aérodrome, les tentes s’élèvent, les rues se forment, les magasins s’organisent. Et les chevaux mesurent leur cadence, heureux de se détendre après une longue immobilité.

A partir de ce jour, le Pacifique se trouva représenté dans le camp des Alliés par une force considérable. Le général Godley en prit le commandement, et l’on désigna ce corps sous la dénomination encombrante de Australian and New-Zealand Army Corps, qui devait être remplacée, bientôt, par le commode diminutif Anzac, d’auteur inconnu, et réservé à une prompte illustration.

Héliopolis connut, alors, une vie pour laquelle ceux qui avaient présidé à sa somptueuse installation ne l’avaient certainement pas faite. En la ressuscitant des sables qui, jadis, ensevelirent les restes de la cité lumineuse, ne l’avaient-ils pas destinée à devenir le plus agréable des séjours pour les hivernans d’Egypte ? Et voici que la guerre s’en emparait. Il fallait soumettre à un entraînement intensif et sévère les Néo-Zélandais, peu accoutumés aux manœuvres longues et pénibles. Tout de suite, en dépit de.la température excessive qui règne en Egypte, on débuta en plaçant sur le dos de chaque homme un équipement de quarante livres. Puis, sous un soleil torride, on les fit marcher, marcher encore et sans cesse sur ce sable mou qui fuit à la moindre pression et triple la longueur des étapes.

Aux premières lueurs de l’aube, dans l’or pâle du ciel, les clairons sonnent et le camp s’éveille. Les préparatifs de départ sont vite terminés ; les colonnes s’ébranlent dans la fraîcheur