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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/207

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Sous le commandement du capitaine von Muller, l’Emden s’était approché des iles Keeling, luttant contre les vents et la houle, pour détruire le poste de T. S. F. qui s’y trouvait : ce qu’il fit, mais trop tard heureusement ! Un piquet de marins envoyés à terre vint bien s’emparer des fonctionnaires anglais, mais pas avant que ceux-ci eussent lancé un dernier radio qui devait causer la perte de l’agresseur. Tandis que le mât de T. S. F. s’abat et que les Allemands, à coups de hache, en déchiquettent les débris, un groupe de pionniers cherche à couper les trois câbles sous-marins qui réunissent l’île à Perth, Batavia et Rodriguez. Un seul est découvert et mis hors de service. A 9 heures 20, l’ennemi regagnait son bord et l’Emden s’éloignait.

Cependant, le Sidney approche. A 9 heures 40, il ouvre le feu, recevant lui-même une vigoureuse réponse de l’ennemi. A 11 heures 20, mâts et cheminées de l’Emden sont rasés, et le corsaire s’en vient échouer sur le sable qui ourle l’île qu’il avait quittée peu de temps auparavant. Tandis que le Sidney s’écarte pour sauver les passagers du vapeur anglais Buresk, la dernière victime de l’Emden, celui-ci se raidit dans un suprême sursaut d’énergie. A 16 heures 30, le capitaine Glossop somme les Allemands de se rendre. Von Muller refuse. Le croiseur australien couvre, alors, l’ennemi d’un rideau d’acier : cinq minutes à peine s’écoulent et l’Emden hisse le drapeau blanc. Il avait eu 8 officiers et 111 hommes tués, plus 56 blessés. Le Sidney ne comptait que 16 marins hors de combat.

La destruction de l’Emden était le premier fait d’armes de la marine australienne : ce fut un magnifique succès.

Le convoi continue son voyage, atteint Aden, remonte la Mer-Rouge et rencontre au canal de Suez les premiers signes de la guerre : sur ses deux berges sablonneuses, des troupes en grand nombre creusaient des tranchées. Hindous et Anglais acclamèrent le corps australasien à son passage, tandis que l’équipage d’un vaisseau de guerre français l’accueillait au chant de la Marseillaise ; à bord des trente-deux vapeurs, trente mille voix répondirent par le God save the King.

C’est à Port-Saïd que les Anzacs devaient être informés de la destination qui leur était assignée : le 4 décembre, ils débarquaient à Alexandrie, après sept semaines de navigation ininterrompue.