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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/193

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Trois sont tombés au champ d’honneur, et les autres servent toujours… Ce seront aussi les frères Cochin, Jacques, Augustin et Jean. Marié, père de deux enfans, et mobilisé comme officier d’état-major, Jacques n’a de repos qu’après avoir obtenu le commandement d’une compagnie d’infanterie, et tombe à l’assaut du Xon, frappé d’une balle dans la tempe. On le retrouve au sommet de la colline, le bras encore tendu dans le geste de la charge, avec sa canne et ses gants dans la main ! Homme d’étude et d’érudition, auteur d’importans travaux historiques, Augustin est tué à Verdun. Sous-lieutenant, lieutenant, puis capitaine, six fois blessé, mais se refusant toujours au repos ordonné par les médecins, il tombe en menant ses hommes à l’attaque, avec son bras cassé dans un appareil en plâtre ! Jean commande le Papin et fait sauter les torpilleurs autrichiens, coule leurs mines flottantes, et se jette lui-même à la nage pour aller couper leurs crins ! Ce seront encore les cinq du Paty de Clam, et leurs cousins, les sept Daras. Retraité, et voyant sa demande de réintégration traîner en d’interminables longueurs, le lieutenant-colonel du Paty de Clam s’engage, à soixante ans, comme simple chasseur à pied, et rejoint son bataillon à la frontière lorraine, où il accepte toutes les fatigues des hommes de troupe, quand le général le retire enfin du rang pour lui confier des missions. Trois mille fuyards refluent, épouvantés, sur Etain, et il faudrait arrêter leur fuite, leur rendre le moral, tâcher de refaire un corps de tous ces élémens débandés. Du Paty de Clam s’en charge, part avec cent gendarmes, et c’est fait en quelques heures, par la seule magie de l’ascendant, du sourire et de l’autorité ! Les hommes l’écoutent, se reforment, et l’acclament. Puis, il faudrait aussi conduire des renforts à une destination difficile, leur faire franchir l’Argonne à travers des combats et des embuscades, et du Paty de Clam s’acquitte encore de la tâche. Alors, on lui rend un régiment et, le 30 octobre, le 117e enlève sous sa conduite le Quesnoy-en-Santerre à la baïonnette. Il n’a ni clairon, ni tambour, mais ne s’embarrasse pas pour si peu et, ne pouvant faire battre ou sonner la charge, il la chante. Une mauvaise couverture sur les épaules pour mieux cacher son grade à l’ennemi, il entonne, de tous ses poumons : Y a d’a goutte à boire là-haut, y a d’la goutte à boire ! Les soldats reconnaissent sa voix, il les entraîne