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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/187

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le bon Dieu a mis dans l’amitié une telle source de courage et d’énergie qu’à elle seule elle est capable d’empêcher le découragement, même aux heures les plus noires ? Il te faut donc envisager crânement la vie en face… » Dans une autre lettre : « Il me semble que tu prends un peu de courage, malgré tes heures noires. Tu as encore besoin de réagir pour cela. Je compte sur toi… Te voilà donc dans un patronage. Tant mieux ! Et membre du… Deux fois tant mieux ! Et conférencier. Vingt fois tant mieux ! Aie beaucoup confiance en ton directeur. Il nous faut à tous, mon cher ami, une personne à qui nous puissions tout dire. Il faut qu’elle soit près de nous, car parfois on n’a pas le courage d’écrire et on a la force de parler. Avec cela, et les prières de tous tes amis, en route !… » Et, quelque temps après : « A peine le temps de griffonner au crayon sur un papier quelconque. Ta mère vient de me dire que tu ne viendras pas à Noël. Il faut que tu viennes… Fais l’impossible pour cela, ne serait-ce qu’un jour. Tes parens seraient trop tristes… » Dans l’un des billets suivans : « Ta mère et ton père te font dire de leur écrire. Ne te fais pas prier, ils sont si contens quand ils reçoivent un mot de toi ! Dis-leur ce que tu fais et, si tu es fatigué ou si tu t’ennuies, lu n’es pas obligé de le mettre… » Une autre fois, il insiste pour lui faire encore demander une permission : « Je rentre, et j’ai juste le temps de te demander de venir le 15. Il le faut pour tes vieux qui veulent te voir. Voici cinq francs pour le voyage. Inutile d’en parler. Cela rentre dans tes économies. Tu manifesteras ta reconnaissance par une bonne prière… Bon courage, mon petit Fernand. Le bon Dieu n’abandonne jamais. Il éprouve, mais c’est pour fortifier le caractère… » Et ailleurs : « Eh bien ! que fais-tu ? Veux-tu te dégourdir ? Tu t’es laissé pincer par tes idées noires. Allons ! Expédie-moi tout cela loin de ton esprit et de ton cœur. J’attends une lettre de toi. Il me la faut sans tarder. Et puis, pas de fausse honte ! Tu sais combien je t’aime, et une hésitation me ferait de la peine… » Et il lui recommande encore instamment, quelques jours après : « Il faut que tu viennes à Pâques. Tes parens ont besoin de te voir. Il faut les contenter, un désir des parens est un désir que j’appellerais volontiers sacré. Tâche d’obtenir la permission… Ta mère voulait te répondre, mais c’est un bien gros travail pour elle. Alors, je me suis chargé de la commission, et j’en profite pour t’embrasser… »