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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/184

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capitaine Barryat, ce n’est pas possible humainement, mais au 20e corps, ça peut se faire !

Alors, les compagnies, qu’on allait réveiller, repartaient encore, se trouvaient en ligne avant l’aube, et là, sous une tempête d’artillerie, criblaient elles-mêmes l’ennemi de leur mitraille, repoussant le flot allemand qui ne cessait de s’élancer, pour se briser contre leur feu. La bataille durait six jours, et le capitaine de Visme y était blessé dès le début, mais ne voulait même pas paraître le sentir. Allant et venant dans la tourmente, mettant la main à l’installation des pièces, assurant le tir, entraînant ses hommes, prudent pour eux sans l’être pour lui-même, il était partout, se dépensait partout, et tombait, le sixième jour, foudroyé par une balle, sans une plainte et sans un cri… Le soir même, le fort était repris, et le colonel et le commandant attestaient, par leurs lettres à sa famille, pour quelle large part il avait été, depuis Chaumont, dans le miracle de la marche et dans celui du combat.

Un jour, à quelques semaines de là, le capitaine Augustin Cochin, qui devait aussi laisser un si grand souvenir, et qu’une amitié héroïque liait à de Visme, se trouvait en permission à Paris, et racontait les péripéties de la bataille.

— Et Jacques ? lui demandait-on… Comment avait-il accueilli la nouvelle de cette mission de sacrifice annoncée par le colonel ?

— Mais il en avait paru content, répondait Cochin.

— Et, en arrivant à Verdun, après cette marche de vingt heures ?

— Oh !… Il était frais comme la rose, et seulement un peu peiné à cause de ses hommes… [1].


UN PRÊTRE-SOLDAT

Jean-Maurice Portas était né à Périgueux le 11 novembre 1885. Son père, originaire des environs, avait d’abord été cultivateur à Saint-Orse, et s’y était marié. Obligé ensuite de renoncer à la terre, il était venu s’établir au chef-lieu où, tout en n’étant pas sans bien, il entrait comme manœuvre à la Compagnie d’Orléans. Plus tard, avec sa dot et celle de sa

  1. Le frère du capitaine de Visme, l’adjudant Pierre de Visme, du 127e d’infanterie, était également tué, le 3 septembre 1916, à Maurepas.