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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/177

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au dîner de famille donné le soir en son honneur. A quelque temps de là, un incendie éclatait dans le pays, le personnel de l’Hôpital accourait avec la pompe de l’établissement, les habitans aidaient à la manœuvre, et on remarquait alors, parmi ceux qui s’exposaient le plus, un petit garçon dont l’adresse et le courage faisaient l’admiration de tous. C’était le petit Condom, qui venait d’avoir ses treize ans !

A dix-sept ans, ses études terminées, il se décidait pour la carrière commerciale, se plaçait d’abord dans une maison de gros, y faisait son apprentissage, et entrait ensuite aux Magasins du Louvre, comme vendeur au rayon de la jupe. Quatre ans après, il allait faire son service militaire à Lunéville, au 8e Dragons, d’où il revenait maréchal des logis. Employé modèle, il avait été aussi un parfait dragon. Si excellent soldat qu’il se fut montré, il n’en avait pas moins cependant toujours regretté son état, et le brillant sous-officier de cavalerie, aussitôt son temps fini, s’était hâté de redevenir l’actif vendeur d’auparavant, lorsque, le 2 août 1914, la mobilisation le reprenait encore à son métier, et l’envoyait à la frontière lorraine, dès la première heure de la guerre.

Georges Condom avait toujours eu le culte de la famille, et son père et sa mère dont il avait été la joie, son frère le docteur en droit qu’il appelait son « grand savant, » sa jeune sœur qu’il appelait toujours sa « petite sœur, » lui étaient profondément chers. Aussi ne leur faisait-il pas ses adieux sans déchirement, mais n’en laissait rien paraître.

— Allons, ne pleurez pas, disait-il gaiement à sa mère et à sa sœur au moment de la séparation, il ne m’arrivera rien de fâcheux… Cette guerre, voyez-vous, il fallait absolument la faire, et il vaut mieux en finir une fois pour toutes… Après, nous serons tranquilles et heureux !…

A peine à son régiment, il était nommé adjudant, et faisait avec ce grade toute la campagne de Lorraine. Renvoyé ensuite à son dépôt, et affecté à la remonte, il supportait mal son éloignement de la bataille, réclamait instamment son retour au feu, et finissait par recevoir la mission de former un groupe léger appelé à s’y rendre aussitôt instruit. Un accident, la veille du départ, avait bien failli le retenir. Un pan de mur s’était écroulé sur lui dans un incendie et l’avait blessé assez sérieusement, mais il voulait quand même suivre ses hommes, et peu s’en