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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/162

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Viebig l’a noté : « Il fallait convenir que Napoléon n’était pas un imbécile. N’avait-il pas attiré, par sa splendide Exposition, tous les potentats dans son pays, afin qu’ils lui fissent pour ainsi dire la cour ? M. Schnackenberg n’avait pu se résoudre à rester chez lui… Il tombait encore en extase quand il décrivait comment il avait vu l’Impératrice en voiture dans l’avenue des Champs-Elysées, vêtue d’une robe de soie mauve, ses cheveux d’or roux illuminés par un rayon de soleil, et, à côté d’elle, le prince Loulou, en culottes et en bas rouges, avec la croix de la Légion d’honneur sur sa veste de velours. Paris ! Paris !… c’était la capitale du monde ! Beaucoup de bourgeois de Düsseldorf avaient suivi l’exemple des Schnackenberg : il était de bon ton d’avoir été à Paris cette année-là. »

Quand on pense à toutes ces choses, le doute disparaît et l’on excuse les pires fautes. Même l’autorité personnelle de Napoléon III, bien qu’affaiblie, survit à la crise. La maladie avait été la cause de l’inaction impériale ; tout au plus pouvait-on admettre que la santé de l’Empereur était toujours très atteinte ; mais cela ne signifiait pas que l’on se fût trompé et qu’il n’eût pas le génie qu’on lui avait attribué. Il restait malgré tout qu’en 1866, il avait tenu en mains les destinées de l’Europe. La tourmente finie, on se reprit à espérer : l’affaire avait été mal engagée, la surprise trop rapide ; une autre fois, — bientôt, on le pensait, — les circonstances seraient plus favorables, et la France, directement provoquée, ne manquerait pas d’agir. Les acclamations frénétiques qui accueillent Napoléon III au mois d’août 1867, comme il traverse la gare de Stuttgart pour se rendre à Salzbourg où il va conférer avec François-Joseph et Beust, retentissent profondément dans les provinces rhénanes.

En effet, comme le dit le premier ministre hessois Dalwigk, rien n’est encore perdu pour nous. Avec un peu d’énergie et de volonté, il nous est possible de tout sauver. Les catholiques sont ulcérés. Sans doute, sous le coup de Sadowa, Ketteler, l’évêque de Mayence, publie une brochure intitulée : L’Allemagne après la guerre de 1866, dans laquelle il déclare qu’il accepte le fait accompli. Avait-il espéré que les vainqueurs feraient bon usage de leur victoire ? Il se peut, comme il se peut aussi qu’il ait été déconcerté par l’événement et qu’il ait voulu racheter son attitude jusque-là antiprussienne, soucieux avant