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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/149

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comme dans l’opinion européenne, Napoléon III jouit d’un immense prestige. Du fait qu’il règne, le statut de la rive gauche ne semble pas définitif. Il le semble si peu qu’à chaque instant les voix les plus diverses, amies ou ennemies de la France, en soulignent le caractère provisoire ; car il suffit d’une visite de quelque Bonaparte à Berlin, ou d’un congrès de monarques, ou d’une démarche d’ambassadeurs, pour qu’aussitôt les journaux se demandent si l’on n’a pas discuté la question d’une cession prochaine, ou si même l’accord n’a pas été signé.

La popularité du second Empereur est extraordinaire, non seulement dans nos quatre départemens d’avant 1815, mais encore dans tous les Etats de l’ancienne Confédération du Rhin. D’abord, on voit en lui le souverain le plus puissant de l’Europe continentale, et la fabuleuse prospérité de la France éblouit l’Allemagne encore pauvre. C’est la France qui a organisé pour la première fois le pays rhénan ; c’est d’elle que tout le progrès est sorti ; c’est elle qui a donné la première impulsion au développement commercial et industriel de la région : sans doute décuplerait-elle encore la richesse, comme elle le fait chez elle, si les traités de Vienne étaient abolis. A Napoléon III s’attache aussi un intérêt sentimental : on sait qu’il parle couramment l’allemand, que son éducation est allemande, et qu’avant d’avoir vécu à Arenenberg, en Suisse, il a fait ses études en Bavière, au gymnase d’Augsbourg. Enfin et surtout il est un Bonaparte, le neveu et l’héritier du Grand Empereur, de celui-là même qui a été le vainqueur d’Iéna et le Protecteur de la Confédération du Rhin, que l’on a vu passer dans l’éclat de sa gloire à Cologne et à Mayence en 1804, à Düsseldorf en 1811.

Or, la restauration bonapartiste s’effectue en pleine période de culte napoléonien. Depuis 1815, d’innombrables poètes allemands ont chanté le Corse invincible, adversaire de la Prusse haïe, génie bienfaiteur de l’Allemagne occidentale et méridionale, champion du libéralisme, vengeur des peuples opprimés. A l’avènement du second Empereur, un long frémissement secoue toute l’ancienne clientèle germanique de la France. Les vétérans de la Grande Armée, westphaliens, badois, hanovriens, wurtembergeois, bavarois, saxons et rhénans, peut-être constitués, à en croire Mansfeld, en une vaste fédération,