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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/143

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par un refus à un dernier appel : « La tentative du gouvernement provisoire, écrit Paul Flathe, de placer le Palatinat sous le protectorat de la France, fut repoussée à Paris. »

Il nous reste à dresser le bilan de la Révolution allemande. Elle n’a pas été complètement vaine, et la Prusse elle-même a dû faire des concessions. Pourtant, celles qu’elle a consenties l’ont été avec tant de restrictions, et elles ont donné si peu le sentiment qu’elles étaient définitives, que le pays rhénan a persisté dans sa farouche opposition. A Berlin, les partis réactionnaires avaient parfaitement compris que Frédéric-Guillaume IV, en rompant avec le Parlement de Francfort, leur donnait la victoire. En conséquence, ils réclamèrent aussitôt la suppression de la constitution et le retour aux anciennes formes de gouvernement. Le roi ne voulut pas revenir sur sa parole, mais il résolut de modifier le statut octroyé de telle sorte que la Prusse demeurât monarchie conservatrice, et il publia la loi électorale des trois classes ou Dreiklassenwahlgesetz du 30 mai 1849, encore en vigueur aujourd’hui, qui assurait à la couronne un Landtag docile. Les libéraux, indisposés par cette mesure, signifièrent qu’ils s’abstiendraient dans les élections. Ce fut donc une chambre réactionnaire, réunie à Berlin, qui fut chargée de réviser la constitution du 5 décembre 1848. Quelques-unes des libertés conquises subsistèrent. Tous les Prussiens étaient proclamés égaux devant la loi. Les tribunaux d’exception et les peines administratives étaient supprimés, les jurys criminels promis même pour les affaires de presse, l’indépendance des juges assurée, les conflits de compétence remis à la décision d’une cour spéciale, tous leurs droits de police et de juridiction enlevés aux grands propriétaires terriens. Conformément aux indications données par le Parlement de Francfort, la monarchie prussienne reconnaissait le libre exercice du culte catholique, l’autonomie de l’Eglise, l’indépendance des évêques dans leurs rapports avec les fidèles ; elle se désistait de toute participation à l’administration des diocèses, soit quant aux personnes, soit quant aux biens. De plus, d’autres articles établissaient le droit de réunion, l’abolition de la censure en matière de presse, l’interdiction des fiefs, des majorais et des privilèges fiscaux. Enfin, les recettes et les dépenses de l’État devaient être rendues publiques par un budget qui serait soumis à l’approbation des députés.