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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/138

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De juin 1848 à avril 1849, les passions s’assoupissent un peu. Pourtant les sentimens ne changent pas, et il suffit, pour s’en convaincre, de suivre les événemens qui se déroulent dans la seule ville de Cologne. En août a lieu la fête du sixième jubilé séculaire de la fondation de la cathédrale. On a organisé une grande cérémonie où l’on a convié le Parlement de Francfort, ainsi que le vicaire de l’empire, et à laquelle Frédéric-Guillaume IV, comme souverain de la province, n’a pu se dispenser de promettre sa présence. Comme il faut s’y attendre, la population manifeste en l’honneur de l’unité allemande. L’archiduc Jean descend le Rhin, suivi du Parlement, débarque à Cologne où la garde nationale lui rend les honneurs, et répond au discours du bourgmestre : « Vous avez nommé, dit-il, la cathédrale de Cologne le symbole de l’unité allemande ; elle l’est : elle doit l’être ! L’œuvre que nous devons accomplir pour le salut de l’Allemagne, notre patrie, doit être grande, gigantesque comme votre cathédrale elle-même. »

Pendant ce temps, le roi de Prusse était en route. Il avait fait savoir qu’il arriverait à Düsseldorf le 14 août. Quelques membres de la municipalité auraient voulu qu’on s’abstînt de le saluer au nom de la ville ; néanmoins, une députation se rendit à la gare. La garde civique prit les armes, mais avec des effectifs très réduits, car un grand nombre d’hommes avaient refusé d’obéir aux ordres donnés. L’accueil fut tel que le roi poursuivit immédiatement son chemin, au milieu des coups de sifflet et des injures. Le soir, sur la place du Marché, bourgeois et militaires prussiens en vinrent aux mains, et un soldat du 13e régiment fut tué : c’est à peine si l’on put éviter une bataille rangée entre la troupe et la garde civique.

A Cologne, Frédéric-Guillaume IV n’eut pas une réception beaucoup plus chaude. L’archiduc Jean se porta à sa rencontre au milieu des acclamations. « Quelques minutes après, nous dit Charles de Sainte-Hélène, lorsqu’il revint avec le roi de Prusse à sa gauche, tous deux à pied, ainsi que leur suite, je n’ai pas entendu un seul : Vive le roi ! » L’humiliation, constate le même auteur, fut sans précédent, et d’autres manifestations marquèrent la haine que les Colonais vouaient à la Prusse.

Dans les derniers jours de septembre, leur mécontentement détermina un sérieux conflit. L’autorité avait résolu d’arrêter le référendaire Becker, chef de peloton à la 9e compagnie de la