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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/130

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vu la victoire qu’il n’avait cessé de prédire ? Ne pouvant mourir sur le champ de bataille, pouvait-il souhaiter une plus belle mort de soldat que de tomber, la plume à la main, pour son pays ? Un soir d’octobre, son article du lendemain achevé, la mort le prit doucement, l’enlevant à la tendresse des siens, au respect et à l’admiration reconnaissante de la France entière. Ce fut un deuil national. Il n’avait plus d’adversaires, et ceux qui le combattaient la veille ne furent pas les derniers à lui rendre hommage. Bordeaux lui fit de magnifiques funérailles. Académiciens, ministres, sénateurs, députés, ambassadeurs, le Président de la République en personne, tout ce qui représentait et aimait la France se donna rendez-vous derrière son cercueil. Chacun sentait qu’une des grandes voix de la patrie venait de s’éteindre. Les douleurs individuelles s’élargissaient et s’épuraient dans la religieuse émotion collective. On songeait à l’harmonieuse unité de cette existence, si pleine de hautes pensées et de bonnes œuvres, à cette noble fin de chevalier chrétien et français, qui avait toute la vertu et tout le sens agissant d’un symbole. On se disait que, même achevée, cette vie était encore créatrice d’union, d’énergie, de sacrifice et d’espoir. Au dire de tous les assistans, ces sentimens se lisaient sur tous les visages de la grande foule anonyme et recueillie qui se pressait autour de cette tombe. Et le mot qu’il fallait dire a été prononcé par un soldat, répondant à un camarade qui demandait à connaître le héros de ce long cortège : « C’est M. de Mun, celui qui consolait nos mères. »


VICTOR GIRAUD.