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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/121

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article, qu’il intitule : L’Heure a-t-elle sonné ? et peu après, il part pour Paris.

Elle était sonnée, en effet, l’heure de « l’horrible rencontre » qu’il était « bien loin de souhaiter, » mais dont il avait prédit l’inévitable échéance. Et alors commence cette admirable campagne de presse qui laissera dans la mémoire de tous les Français un impérissable et si pur souvenir. Deux mois durant, les articles quotidiens d’Albert de Mun sont littéralement, — le mot est de M. Bourget, — « le battement même du cœur du pays. » Aux heures d’incertitude, de doute et d’angoisse, ce sont ces quelques pages de prose qui, — dans combien de foyers anxieux ! — vont entretenir et renouveler la flamme sacrée de la confiance et de l’espoir. Personne en France ne désespère, puisqu’Albert de Mun espère toujours. Plus jeune, plus vibrant et plus actif que jamais, ce vieillard de soixante-treize ans, malgré la maladie, malgré l’âge, malgré les émotions du citoyen et du père, — il avait trois fils à l’armée, — prodigue généreusement les derniers jours d’une vie qu’il abrège, il le sait, mais qu’il veut user noblement. Tous les aspects de son âme et de son talent, unis, fondus ensemble et réconciliés, exaltés et transfigurés par les circonstances, s’expriment alors avec une largeur, une intensité, une liberté d’accent qu’il n’a encore jamais atteintes. Il est resté soldat, et il éprouve comme une juvénile allégresse à se battre une dernière fois pour ce fier pays qu’il a tant aimé. Il est profondément chrétien, et l’ardeur de son patriotisme légitime et utilise toutes les formes de sa piété : il retrouve, pour la France missionnaire du Christ, les sentimens mêmes qu’une Jeanne d’Arc avait déjà pour elle. Il est orateur et apôtre ; et chaque matin, du haut de sa tribune de l’Echo de Paris, c’est la foule immense des familles françaises qu’il harangue, auxquelles il prêche la patience, le courage et l’espoir. Il est gentilhomme, et comme jadis ses ancêtres étendant leur tutelle protectrice sur le petit peuple des alentours, lui, c’est tout le peuple de France qu’il défend contre les assauts du doute et des mortelles défaillances. C’est un croisé enfin ; et quelle croisade, dans notre longue histoire, est comparable à celle que nous menons depuis trois ans contre les éternels barbares, les héritiers légitimes de la païenne Germanie ? Comprend-on maintenant toute la beauté et toute l’ampleur du rôle qu’a joué Albert de Mun pendant les deux premiers mois