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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/12

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crussent et qu’elles pratiquassent, — ce qui arrivait, — elles fussent résolues à une conduite décente et à l’horreur du scandale. Le reste était affaire à leur conscience et à leurs maris.

Par une conséquence des engagemens nouveaux de la Société, cette jeunesse et cette beauté des jeunes mariées, cette ardeur et cet enthousiasme des nouveaux époux provoquèrent et assurèrent une floraison de la race qui jamais, semble-t-il, ne se produisit avec cette vivacité, cette étendue et cette publicité. Ce fut là une caractéristique des temps du Consulat, par quoi fut d’autant plus accusée la stérilité de Joséphine et aggravé son ennui.

Comme ces femmes avaient beaucoup à faire entre leurs grossesses, leurs devoirs, leurs obligations et leurs plaisirs, même leurs enfans, elles n’avaient guère de temps pour noter au jour le jour ce qui se passait sous leurs yeux, les beautés ou les lacunes du spectacle auquel elles étaient conviées ; quant aux jugemens qu’elles ont portés après vingt ans de remise et deux à trois révolutions, ils sont troubles, équivoques et suspects, et ils flairent la valetaille chassée. Restent les correspondances : certes, mais comme il faut qu’elles soient intimes, suivies, autorisées, et si elles sont publiées, complètes ! Il n’y a pas que les interpolations qui déshonorent, il y a les suppressions qui interloquent. Ces correspondances, encore faut-il qu’elles émanent de femmes assez notables pour qu’elles participent à tout et pénètrent partout, assez ménagères pour qu’elles se plaisent à des détails de toilette et de maison et qu’elles apportent de leur vie quotidienne un tableau suffisamment animé. Bien sûr, on ne prétend pas à Mme de Sévigné ; on se contente avec une jolie petite Française, désireuse de plaire et de s’amuser, qui regarde autour d’elle et qui sait rendre ce qu’elle voit. Il lui conviendra d’être prudente, car outre qu’elle n’entend pas que ses lettres soient retenues par le Secret des postes, elle ne voudra nuire à la carrière d’aucun des siens ; aussi s’abstiendra-t-elle de politique, ce qui lui épargnera des sottises ; mais n’aura-t-elle pas, au milieu des bavardages de santé et de famille, les nouvelles de la société, les récits des dîners dont elle prend sa part, des bals où elle danse, et, pour peu qu’elle tienne au monde officiel, la chronique de la Ville et de la Cour ? Ainsi se trouvera-t-on, sans que la petite dame s’en soit doutée et parce qu’elle a laissé naturellement courir sa plume, en possession d’un