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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/113

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à tâche d’exaspérer notre dignité et d’entretenir ou de réveiller en nous les sentimens qui devaient un jour nous dresser, d’un élan unanime, contre son insolente et agressive audace. Et surtout, vieil Africain qu’il était, il se réjouissait que sa chère Afrique eût été choisie par la Providence pour être comme le champ de manœuvres et d’expériences d’où notre jeune armée allait s’élancer, quand il lui faudrait courir sus aux Barbares. Cette affaire marocaine dont beaucoup, parmi nous, méconnaissaient l’intérêt et la nécessité, il en avait, dès la première heure, conçu toute la portée, et il employa tous ses efforts à faire partager sa conviction au public. Je ne décide pas si la méthode d’action rapide et hardie qu’il préconisait n’était pas préférable à la méthode plus lente, parfois un peu timide et indécise, qu’on a employée. Mais, même s’il était prouvé qu’il eût tort sur ce point, — avouerai-je, tout profane que je sois, que je suis tenté de lui donner raison ? — comme il faut lui savoir gré de ses campagnes de presse pour appuyer notre intervention, « au risque d’un désaccord toujours pénible avec plusieurs de ses amis, » et cela « non pas seulement parce que le drapeau était engagé, mais parce qu’il l’était, à ses yeux, pour une cause juste et nationale ! » Et définissant à ce propos son dessein et son effort, il disait :


Dès le premier jour, quand s’est réveillée la question marocaine, j’ai essayé de montrer qu’elle était une question algérienne, française par conséquent. J’en ai cherché les origines dans notre histoire d’Afrique, à l’heure où, après l’Isly, le traité de 1845, au lieu de la trancher, la posa comme une menace pour l’avenir en laissant l’Algérie sans frontière, et sa sécurité sans garantie.

J’ai répété, chaque fois que les circonstances m’ont amené à exprimer mon opinion, qu’assurément ce serait une entreprise téméraire d’essayer la conquête du Maroc, mais que nous ne pouvions, sans trahir notre propre cause, nos intérêts les plus essentiels, l’abandonner à une autre puissance européenne, permettre à aucune d’entre elles d’y établir une prépondérante influence [1].


C’était là un programme très sage et très fier, et Albert de Mun s’y tenait obstinément fidèle. Pour le remplir, il se sentait soutenu, plus qu’il n’avait coutume de l’être, par la

  1. Combats d’hier et d’aujourd’hui, t. IV, p. 192.