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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/104

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luttes religieuses de la troisième République. S’il y a un de nos voisins auquel nous ayons, à nos dépens, appris à appliquer le Is fecit cui prodest, c’est bien celui qui s’était promis de nous supplanter dans le monde. Quoi qu’il en soit, il est incontestable que ces luttes fratricides, en nous désunissant, en nous affaiblissant à l’intérieur, en détournant notre attention des événemens du dehors, nous livraient pieds et poings liés aux tentatives de l’étranger, et que ceux qui ont tout mis en œuvre pour nous en épargner l’épreuve ont très sagement rempli leur devoir d’excellens Français.

C’est ce qu’a fait avec sa générosité et son ardeur habituelles Albert de Mun. La loi sur les associations, dans laquelle il voyait trop justement une préface nécessaire à de prochaines persécutions religieuses, n’a pas eu d’adversaire plus résolu. Allant un jour au fond du débat avec une franchise passionnée, il montrait dans l’âpre conflit qui, durant tant d’années, devait mettre tant de Français aux prises, « la lutte éternelle entre les ambitions de la raison et la nécessité de la foi. » « Cette lutte, ajoutait-il, est aussi vieille que le monde, elle durera autant que lui. » Et, affirmant « qu’un tel conflit ne se dénoue pas par des lois et ne s’apaise pas avec des mesures de police, » il défendait fort habilement ses coreligionnaires de caresser pareille ambition. « Mais non ! disait-il, en s’adressant à ses adversaires. L’entreprise que vous méditez est au-dessus des forces de tous les partis, et du mien comme des autres, si jamais, parvenu au pouvoir et tenté par la logique de ses doctrines, il s’y essayait, oublieux des leçons de l’expérience. » Au nom même de ce libéralisme, il revendiquait pour les âmes croyantes le droit « d’accomplir, par le don de soi-même, la loi fondamentale du christianisme. » « Ne cherchez pas ailleurs, s’écriait-il dans un très beau mouvement, le secret de la vie religieuse : il est là, à des profondeurs où les lois et les gouvernemens ne peuvent atteindre, où s’alimente sa source intarissable et d’où s’élancent sans trêve, vers le monde tourmenté d’ambitions, de révoltes et de passions, vers le monde refroidi par l’égoïsme, labouré par la misère et la souffrance, ces hommes et ces femmes qui ont renoncé à lui demander ses joies pour lui donner leurs exemples de pauvreté volontaire, de chasteté héroïque, d’obéissance réfléchie, de dévouement sans récompense humaine, quelquefois payé par l’outrage et