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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/958

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allumée une ardente polémique. Qu’est-ce que l’Allemagne allait faire-.de la Belgique depuis trois ans conquise ? La rendrait-elle ou ne la rendrait-elle pas, et si elle la fendait, à quelles conditions ? N’en garderait-elle rien, pas même un port, pas même quelques places fortes, quelques points d’appui ? Quelles garanties, quelles sûretés y prendrait-elle, sinon contre la Belgique même, au moins contre ses redoutables voisins, l’Angleterre, la France, l’Angleterre surtout ? Une ou deux feuilles libérales, trois ou quatre organes socialistes, insinuent doucereusement : « Pas d’annexions. » D’autres spécifient, dans une arrière-pensée perfide : « Pas d’annexions à l’Ouest. » Les pangermanistes, militaires, hobereaux, agrariens, métallurgistes, ne cessent de jeter feu et flamme, les nationaux-libéraux demeurent grincheux et revêches. Un nouveau parti, « la Patrie allemande, » qui veut annexer l’univers, s’agite, et M. de Tirpitz le mène.

Ces grandes discussions soulèvent dans l’Empire une émotion trop grosse pour n’être pas factice, trop factice pour n’être pas suspecte. Dans le brouhaha, on fait ou on laisse annoncer qu’il existe une « note verbale » au sujet de la Belgique, et l’on en dévoile même le contenu, on en donne le texte, qui n’est pas neuf. Ce prétendu texte reproduit jusqu’aux virgules une information de la Neue Badische Zeitung, dont le correspondant à Berlin a la réputation d’être un familier de la Chancellerie ; information publiée vers le 20 septembre, et contenant tout un projet en cinq articles. Nous avions cru à une mystification, mais c’était donc vrai ? Il y avait donc un complément, une annexe, des articles secrets à la réponse ouvertement remise au Saint-Siège ? Et c’était là ce que l’Allemagne offrait, c’étaient là ses conditions « modérées! » Des cinq, il suffit d’en indiquer deux. L’Allemagne, dans l’une, laissait percer le souci de faire contresigner par la Belgique son cynique mensonge, qu’elle avait été attaquée et que c’était elle, la victime. Dans l’autre, elle prétendait imposer à jamais la séparation « administrative » du royaume restauré, en deux nations, wallonne et flamande, dont la seconde serait dans sa mouvance. Inutile de dire que la Belgique eut un sursaut d’horreur, et que les Alliés n’en suspendirent pas un coup de canon. Mais, en Allemagne même, l’impression fut médiocre. « Trop de générosité! » hurlèrent les pangermanistes. « Conditions trop draconiennes, murmura le Vorwaerts. Ce n’est pas ce que nous avions promis à la Belgique, le 2 août 1914. » Dès lors, on bat en retraite, en se couvrant. L’agence Wolff répand un commentaire, une note à la note. « La Belgique est une valeur d’échange. L’Allemagne entend pratiquer, à la