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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/953

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songeait surtout, pour l’instant, à refaire son gouvernement, et il n’y réussissait pas, empêché qu’il était par l’intransigeance opposée et entre-croisée des partis Les bolcheviki déliraient alors à ce point que le bureau de l’Union centrale des Soviets, — Tchkeidzé en tête, qu’on aurait de la peine à faire prendre pour un réacteur ou un modérantiste, — donnait sa démission, et qu’ayant vainement essayé de faire revenir l’assemblée sur un vote insensé, il la maintenait définitivement. C’était l’occasion que guettaient ceux des maximalistes qui se ruent d’instinct au-delà du maximum. Ils proposaient et voulaient imposer l’entrée, dans le bureau des Soviets, de Trotsky et de Kameneff, honnêtes pseudonymes de deux des plus audacieux lieutenans de Lénine. Ils condamnaient toute participation au Ministère, non seulement des Cadets, suspects comme libéraux et comme bourgeois, mais des autres socialistes, nationalistes, travaillistes, ou tout bonnement minimalistes (de quoi nous réitérons nos excuses au dictionnaire.) Sous leur patronage, la « Conférence démocratique » de Petrograd se présentait mal. La base en serait trop étroite, le recrutement trop exclusif; trop peu d’associations, ou plutôt de trop peu de genres, y seraient admises; trop d’intérêts, trop d’opinions en seraient écartés. Il était manifeste, avant son ouverture, qu’elle tenterait de prendre le contrepied de l’Assemblée nationale de Moscou, dont la composition avait été beaucoup plus large. Le gouvernement provisoire, qui avait convoqué l’autre, celle de Moscou, était donc disposé à ignorer celle-ci, celle de Petrograd. Les Cadets, que d’ailleurs on n’y invitait pas, décidaient de ne pas s’y rendre. Les coopératives penchaient à ne pas s’y faire représenter. Pendant quatre ou cinq jours, les objections grandirent, se multiplièrent; la Conférence parut destinée à avorter.

Du 25, elle fut remise au 27 septembre. Mais, le jeudi 27, elle tint sa première séance au théâtre Alexandre. 1 500 délégués y assistaient. Le gouvernement, conduit par Kerensky, figurait, au complet dans la loge impériale, bien qu’il eût affiché l’intention de s’abstenir; et, bien que le Bureau de l’Union des Soviets eût annoncé et confirmé sa démission, sur la scène, présidait son président Tchkeidzé. Autant qu’on peut le démêler à distance, dans des choses aussi confuses (c’est un avertissement nécessaire), le coup, à l’origine, était monté contre Kerensky, contre les bourgeois, les Cadets, les modérés. Cependant, il y avait des minimalistes, dans la Conférence, et, parmi les maximalistes eux-mêmes, se distinguaient et se marquaient deux courans. Les uns, avec M. Akvsentieff, acceptaient la coopération