Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/933

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Revue dramatique


COMEDIE-FRANÇAISE : Andromaque, tragédie d’Euripide : traduction en vers de MM. Silvain et Jaubert.


La Comédie-Française, pour sa rentrée, nous a donné une traduction de l’Andromaque d’Euripide. Je l’en félicite bien sincèrement. On ne saurait trop dire le service que nous rendent ces représentations antiques. Elles nous mettent sous les yeux et nous font voir « en scène » des pièces qui ont été écrites pour une scène, fort différente de la nôtre, à coup sûr, mais enfin pour la scène. Elles restituent les couleurs de la vie à ces œuvres qui sont à l’origine de notre tradition littéraire. Elles nous permettent d’en recevoir l’impression directe, et non plus seulement l’écho affaibli que nous en renvoient les feuillets d’un livre. Elles nous font mieux juger de ce que leur doivent nos classiques, et surtout de ce que le génie français y a ajouté.

Encore faudrait-il s’entendre sur la façon dont ces œuvres anciennes doivent être représentées. Jadis on se fût borné à nous en offrir quelque adaptation ou traduction libre ; aujourd’hui, cette impiété nous révolterait : nous considérons le chef-d’œuvre comme intangible, et c’est très bien. Le soir de la première, en débitant l’annonce traditionnelle, l’orateur de la troupe, qui était M. Paul Mounet, a tenu à souligner que la traduction due à son cher doyen, M. Silvain, et à M. Jaubert, était une traduction littérale. Ce « littérale » est une coquetterie d’hellénistes : la Compagnie semble y attacher beaucoup de prix et y entendre beaucoup de choses. « Littérale » a je ne sais quoi de scientifique, et c’est comme à la Sorbonne. Oserai-je dire après cela qu’une traduction peut être littérale et cependant ne pas être exacte, ou même que la manière la mieux