Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/924

Cette page a été validée par deux contributeurs.


placer le dit adversaire dans sa ligne de mire à lui : en un mot, frapper et parer les coups. Un sentiment exact, une sorte d’instinct des vitesses et des distances s’impose à cet effet. S’il importe d’agir très rapidement, il y a en revanche une vitesse limite que ni la vue ni la pensée ne peuvent dépasser. Devant la mitrailleuse braquée sur lui, malgré sa hâte d’en finir, l’homme volant ralentira sa vitesse et brisera l’élan formidable par lequel il tombe parfois sur sa proie pour régler son tir ; mais ce tir, troisième point essentiel, n’est pourtant que la conséquence des qualités du pilote : un bon manœuvrier sera presque automatiquement adroit tireur : la ligne de mire lui tombe naturellement dans l’œil au moment voulu.

Question de chance aussi… plus encore don naturel. Des êtres comme Guynemer sont malgré tout si exceptionnels qu’ils peuvent paraître anormaux. D’aucuns verront en eux des ouvriers du plan divin, appelés à une mission spéciale, soutenus par une puissance surnaturelle, et s’inclineront très bas, sans en chercher davantage, devant leur jeunesse et leur héroïsme. Pour nous, leurs camarades de métier, qui les voyons à l’œuvre, ils nous paraissent des surhommes presque impossibles à égaler, à qui nous sommes heureux d’apporter l’hommage de nos sympathies et de nos admirations.


LES MERS DU CIEL

Marins de la mer, nos aînés et nos frères, insatiables amans d’une maîtresse plus insatiable encore, si vous saviez comme ils sont plus beaux que les océans labourés par les lourdes étraves de vos vaisseaux, les Atlantiques célestes qui nous appartiennent désormais ! N’êtes-vous pas revenus jadis les prunelles méditatives à jamais des merveilles du monde où vous aviez promené votre insouciante jeunesse, des grèves rosées du Levant aux pâles madrépores océaniens, aux détroits brûlans de Floride, de Malaisie, ou d’Afrique ? Nos ailes nous portent aujourd’hui à travers ces espaces étoiles où nuit et jour anxieusement vous cherchez à lire votre destin et leurs routes millénaires, que l’homme n’avait jamais foulées pourtant, réchaufferaient d’enthousiasme vos prunelles blasées !

Notre mer à nous, matelots du firmament, c’est toute l’épaisseur de l’azur que vous portez sur vos têtes, l’air visible, pour