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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/914

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les reins cette masse tonnante ! L’ennemi sournois se défend en émettant des gaz asphyxians, la vapeur jaunâtre rampe en volutes compactes.

En arrière de nos lignes, d’innombrables traînées blanches serpentent sur le sol : ne dirait-on pas du vermicelle répandu à profusion ! Ce sont, paraît-il, les chemins de fortune, les innombrables pistes des convois de ravitaillement multipliées à travers champs !

« On les a ! »

L’oiseau français est roi du firmament ! Par lui, l’œil de l’armée scrute jusqu’aux moindres repaires ennemis ! La cocarde tricolore arbore ses notes triomphales au bout de chaque aile blanche. Plus de saucisses, pas un Boche ! Cages [1] héraldiques, bimoulins [2] éveillés, Nieuport fantasques tourbillonnent vainqueurs en vols de vingt, trente à la fois ! Ceux-là vont, viennent, affairés et rampans, régleurs attentifs de l’artillerie, telles de prévoyantes ménagères vaquant au marché ! Ceux-ci, plus graves, s’envolent vers de lointaines reconnaissances ; ces derniers les protègent, cabriolant et virevoltant, anxieux d’en descendre !


            Zon ! Zon !
Vibrons, laissons-nous vivre !

· · · · · · · · · · ·
______-_Disons

     Par bandes errantes
       Mille susurrantes
             Chansons.


Le ciel est d’azur et le soleil de feu : nulle vapeur ! Çà et là seulement de rares flocons blancs. Au Sud, Paris sous son capuchon de fumées ; au Nord, Boulogne, embrumée de la mer proche ! 300 kilomètres en arrière et en avant ! Jamais le regard n’a couvert tant d’étendue ! Ile-de-France, berceau de notre histoire, Artois, Picardie, Flandres, éternels champs de bataille, vieilles provinces aux noms chéris, pour la première fois l’homme vous embrasse d’un seul coup d’œil ! Valenciennes, Lille, Arras, Cambrai, Saint-Quentin, pauvres villes

  1. Les Farrnan, appelés vulgairement « cages à poules. »
  2. Bimoteur Caudron.