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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/867

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grands aînés. C’est dans la salle des fêtes que se donnera notre séance.

Le premier contact avec les Suédois est plein de grâce, et l’on sent, dès l’arrivée, la culture ancienne et la courtoisie naturelle de la nation. Sans le Casque à pointe, on serait déjà gagné : ah ! la fâcheuse vision ! Meilleure est celle du tricorne-lampion, gris retroussé de bleu, timbré des trois couronnes. Ceci, c’est la coiffure du temps de Charles XII, et Charles XII nous semble français par Voltaire. Il est classique chez nous. Ce lampion d’opéra-comique, c’est celui de la guerre en dentelles. Quel contraste avec le cuir bouilli armature de bronze et terminé en paratonnerre ! Deux coiffures, deux siècles, deux sortes de guerre, deux civilisations juxtaposées, conjuguées : est-ce un symbole, ou si je rêve ? Me voilà déjà à épiloguer sur ces contrastes avec un Suédois qui est bien le plus fervent ami de la France, et que je m’en voudrais de ne pas nommer, M. Ackrel, lorsque Ganem, qui a dressé le programme précis de mes courtes heures, me propose de pousser une pointe à Copenhague. Nous sommes au samedi. Jusqu’au lundi, on a le temps. Une heure de train jusqu’à Malmoë, deux heures de bateau par mer toujours calme (la Baltique est un lac), et pas de sous-marins d’ordinaire. Allons-y ! Bien que le Danemark doive être l’objet d’une visite spéciale et attentive de mon compagnon de roule, je saisis l’occasion ; j’irai simplement déposer quelques cartes, voir qui sera visible, et l’annoncer.

Dès le bateau, le ton de la vie que l’on mène à ces deux pointes de la péninsule dano-suédoise nous est indiqué. C’est ainsi, parait-il, tous les samedis soirs. Le vapeur moderne, nullement de style Watteau, évêque néanmoins l’idée de quelque « embarquement pour Cythère. » Cythère, c’est Copenhague. Dans cette capitale du plaisir, tout semble adapté à l’utilisation la moins janséniste des profits de la guerre. Le cosmopolitisme enrichi a là ses temples dans ses hôtels. Vue pénible à qui vient de France et sait qu’il existe un Sleswig ; et même, spectacle un peu scandaleux pour un Danois qui a le cœur à la bonne place. De ceux-là, d’ailleurs, il existe encore un certain nombre, et peut-être un grand nombre. Je le souhaite, et me garderais de juger. Je me borne à noter une impression générale, et j’ajoute vite que, venu surtout pour frapper à certaines portes et pour juger de certains accueils, j’ai constaté avec un grand