Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/866

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


France à ses côtés en se guérissant des atteintes cruelles de la guerre, et font de leur convalescence même un « service en campagne » loin du pays, M. Hourticq et le capitaine Lescoffier. De tels élémens, rapprochés à trois reprises, au lendemain du passage de M. Albert Thomas, réveillèrent à ce point le goût pour les choses de France, qu’on ne nous laissa point partir sans nous faire promettre de nous arrêter, et de parler encore au retour. Nous nous y sommes engagés de grand cœur.


EN SUÈDE, ET POINTE SUR COPENHAGUE

5-22 mai.

Je quitte Christiania le 4 mai dans l’après-midi, pour aller d’une traite à Lund. Moins grandiose que le trajet de Borgen à Christiania, celui de Christiania à Lund, par Göteborg, a son charme de pittoresque mitigé. Tout s’adoucit en passant de la Norvège à la Suède. Cela se sent surtout en descendant vers la Scanie, cette Provence de la Scandinavie. Favorisé par un temps merveilleux, où le printemps enfin réveillé essaye ses premières tièdes haleines, j’arrive à Lund comme enivré de lumière et de chaleur méridionales, pour être reçu par mon jeune et aimable collègue M. Ganem, lecteur à l’Université de cette ville. Je lui dis mon contentement. Mais, dès la gare, je tombe sur un casque à pointe. Où suis-je ? en Allemagne ? Hélas ! je suis bien en Suède, dans cette Suède qui hier était encore celle de Bernadotte. Quoi que je fasse, je verrai un casque à pointe partout.

La ville, avec ses bâtimens universitaires au centre, sa célèbre cathédrale de style romano-lombard, ses musées, ses promenades, ses souvenirs du poète Tegner et ses vieux arbres cerclés de fer au haut de leurs troncs chenus, est une aimable et familiale cité d’étude, mi-activité, mi-recueillement. Et l’air d’une salure atténuée qu’on y respire est fortifiant sans être rude. Je visite avec mon érudit confrère de l’Université, le professeur Wrangel, l’antique crypte de la cathédrale, puis le « laboratoire archéologique » de l’Université. Là, comme dans les universités allemandes (nous en sommes si près ! ), ordre et outillage parfaits. Excellente institution encore que cette maison des étudians, à la fois cercle, restaurant, théâtre et salle de réception, où la jeunesse universitaire reçoit elle-même ses maîtres, et organise ses galas en fraternité avec ces