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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/861

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rapprochée de la France, plus lointaine économiquement, et plus rare sur sa mer du Nord, mais sentie très prochaine par l’identité des causes débattues, et par le caractère immédiat des résultats espérés.

Notre présence à Christiania a justement coïncidé avec les manifestations d’opinion les plus nettes en faveur de l’Entente. On peut affirmer que la neutralité de la Norvège se borne à une non-belligérance. En fait, tout chez elle est « pro-ententiste, » sauf les actes oscillatoires du gouvernement officiel. Mais ce gouvernement lui-même était alors si vivement pris à partie qu’il ne se soutenait que par sa faiblesse. A ses gestes hésitans, timides devant les torpillages allemands ou les réclamations anglaises, répondaient les affirmations nettes des publicistes, les fermes déclarations des politiques les plus en vue. La grande revue norvégienne, le Santiden, consacrait tout son numéro d’avril à l’examen des problèmes posés par la guerre. Le leader du parti radical-socialiste, M. Castberg, ne parlait guère autrement que les jeunes « pro-activistes, » tels que M. Rolf Thomessen, le distingué directeur du Tidens Tegn, ou l’orateur aimé de la jeunesse étudiante, M. Worm-Muller. Tous étaient pour une attitude plus digne à l’égard de l’Allemagne, plus habile avec l’Angleterre, plus inclinée vers l’Entente. Castberg, fortement, protestait contre le sophisme de l’Allemagne sur l’origine de la guerre. « L’Entente, écrivait-il, n’en est pas responsable. » Nul n’en doute en Norvège, et cela déjà la différencie beaucoup de la Suède. Castberg ajoutait : « Nos traditions historiques nous dirigent vers les pays de l’Ouest. » Et il montrait que l’Angleterre et la France ont été les plus zélées des nations pour la défense de la liberté du monde, et que « tous les pays libres ont recueilli les fruits de la révolution anglaise et de la révolution française. » Il indiquait que la Norvège devait se préparer à des relations amicales avec la Russie, maintenant que celle-ci se constituait en démocratie. Enfin, il espérait que la paix « ne serait pas celle qui enseignerait que la Force est le Droit. » Et il appelait de ses vœux une institution qui garantît la paix « par l’organisation de la justice ; » il souhaitait « une fédération de tous les États sanctionnant la paix, et capable de châtier tout pays qui provoquerait la guerre. » Il formait le vœu que l’Allemagne aussi vît clair, qu’elle abolit le militarisme, et que le peuple