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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/848

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VI


Dans l’eau glauque l’objet et l’ombre se confondent.
A la surface est immobile mon bouchon.
L’aulne au suant feuillage oppose aux durs rayons
Un écran sous lequel ma quiétude est profonde.

Les peupliers, sur la berge opposée, abondent.
Le mouvant bloc liquide use l’alluvion
Qu’il avait amassée en une autre saison.
C’est trois mètres de fond qu’accuse ici ma sonde.

Mon flotteur, si léger, ne bouge toujours pas.
Puis, à peine, trois fois, il vacille. Et voilà
Qu’obliquement et que lentement il s’enfonce.

Je tire et je ressens la secousse, et ma main
Est celle d’un vainqueur jusqu’à ce qu’à la fin
La truite émerge et rompe le fil sous des ronces.


VII


Un jour bleu de l’Été que nous nous promenions,
Le petit que j’étais et la vieille servante,
Nous vîmes, sur le foin aux vagues reluisantes,
Battre des ailes un énorme papillon.

Et, m’avançant avec mille précautions,
Je posai brusquement sur cette fleur vivante
Mon chapeau, sous lequel je la pris pantelante,
Puis l’emportai dans une boîte à la maison.

Et mon cœur se serra d’indicible tristesse
Quand je montrai l’insecte à mes parens. Qu’était-ce ?
Comment le reconnaître ? Ah ! Il n’était plus tel

Que tout à l’heure… O mes frères en poésie !
Il n’avait plus autour des ailes la prairie
Qui me l’avait fait croire aussi grand que le ciel.