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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/847

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IV


Juste en face, je vois la maison que Vigny
Habitait dans Orthez, et son rideau de lierre.
Durant son temps de servitude militaire
Et de grandeur, vint-il parfois dans mon logis ?

Quel destin met son nid à côté de mon nid ?
Rien en moi qui ressemble à ce Romain de pierre.
Les feuillages qui font le bruit d’une prière
Protestent dans son parc contre son long déni.

Et pourtant ! N’était-il pareil à tous les hommes ?
Le contraire est souvent la chose que nous sommes.
Afin de s’attendrir, il n’a jamais pleuré.

Quant à moi, contemplant le fronton de sa porte,
Triangulaire et net, nu comme un Marboré,
J’aspire au doux sanglot qui me fait l’âme forte.


V


Cigale abasourdissante,
Qui me dictes par tes cris
Ces quelques vers que j’écris
Dans la chaleur écrasante :

Au feu ! Sur l’ocre des sentes
Toute la bruyère a pris
Et la replète perdrix
Cherche de l’eau sous les menthes.

Quelque souffle a condensé
Et, sur le sol, espacé
La sueur de mon visage :

En larmes elle a goutté,
Comme on voit, avant l’orage,
L’averse large d’été.,