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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/835

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comme une loi de nature, et qui ne savent pas qu’une sage protection, avec le renchérissement qui s’ensuit, est une sorte de prime d’assurance contre les brusques et définitives hausses de prix ; celle même des administrations publiques, qui, pour tirer gloire auprès du Parlement d’économies momentanées, ne craignent pas d’exposer à la ruine les usines nationales.

Ne parlons que de celles-ci pour illustrer les merveilleux effets de semblables pratiques. On a vu, avant la guerre, les chemins de fer de l’Etat français acheter à bas prix des locomotives allemandes, avec la clause qu’ils s’engageaient à ne pas les réexporter outre-Rhin, clause qui soulignait on ne peut mieux les conditions de faveur qui leur avaient été consenties et dont ne devaient, sous aucun prétexte, bénéficier jamais les consommateurs allemands. On a vu encore nos poudreries nationales se pourvoir chez l’ennemi de certains grands vases de grès servant à emmagasiner les acides et qui leur étaient vendus moins du quart de leur prix de revient ; puis, l’industrie correspondante française étant morte, et pour cause, les mêmes poudreries obligées, la guerre survenue, d’improviser de toutes pièces sur notre territoire partiellement envahi, la fabrication indispensable de ces vases, et arrivant n définitive au même prix de revient dont l’Allemagne lui abandonnait gracieusement jadis une si large part.

Telles sont les interprétations, tels les usages qui complètent et éclairent la notion de la liberté des échanges, ainsi du moins qu’on la conçoit en Allemagne et qui ne lui laissent que de très lointains rapports avec le fair play, ou la lutte loyale, de l’école de Manchester.

Est-on du moins en droit d’espérer que l’Allemagne sortie de la présente guerre soit disposée à renoncer à des procédés qui, dans les années récentes, lui ont procuré, en France, en Angleterre et ailleurs, tant et de si rémunérateurs avantages commerciaux ? C’est au contraire à perfectionner son organisation de guerre économique qu’elle se prépare et s’applique déjà pour l’après-guerre militaire. Celui qui nous le dit est un personnage particulièrement qualifié, M. Walter Rathenau, directeur de l’Office impérial des matières premières.

M. Rathenau n’est point un simple fonctionnaire bien stylé par ses maîtres ; il est encore, il est surtout un grand industriel, puisqu’il préside la plus puissante société électrique