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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/818

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allez sourire, — j’ai pensé qu’au fond des revendications de la foule et dans ce rêve de justice qui hante, comme la poursuite d’un idéal, l’esprit des travailleurs, il y avait une inconsciente aspiration vers le christianisme oublié. (Mouvemens divers.)

Et, chrétien, je salue comme des jours heureux ceux où de tels sentimens nous rapprochent, parce qu’ils préparent, dans ma conviction, le seul terrain où nos discordes puissent s’apaiser. Ils sont rares, messieurs, ils sont trop rares les jours où nous pouvons un moment oublier nos luttes politiques, pour unir dans une même pensée nos cœurs et nos votes. Quand il s’agit de la patrie, quand le nom de la France est en jeu avec son honneur et sa dignité, personne n’hésite alors ; et chacun sort d’ici fortifié par le sentiment du devoir accompli, par la satisfaction d’un patriotisme supérieur à tous les partis. (Vifs applaudissemens.)

Messieurs, c’est quelque chose de semblable qu’une grande loi sociale ; c’est aussi la patrie qui est en cause, c’est quelque chose où s’agitent la vie, la sécurité de ses enfans, l’honneur, le nom, les destinées, la grandeur de leurs foyers, la dignité de leurs familles.

Je vous conjure, messieurs, de vous unir sur ce terrain, en face du peuple qui vous attend et vous écoute.


Je me garderai bien de commenter cette superbe page, d’une si simple et si émouvante éloquence. Elle peint l’homme et elle éclaire son œuvre. Deux années auparavant, à Liège, au congrès des œuvres sociales, après un vibrant discours qu’avait prononcé Albert de Mun, dans l’émotion générale, un auditeur enthousiasmé se leva pour remercier et féliciter l’orateur : « Il est, s’écriait-il, le cœur noble qui sait se dévouer, il est le chevalier et, je le répète, le Pierre l’Ermite des temps modernes. » II nous plaît aujourd’hui, plus que jamais, de rappeler ce mot d’un évêque de diocèse allemand sur ce grand Français.


VICTOR GIRAUD.