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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/816

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mais la cause est restée la même ; il y a toujours des petits et des faibles. Je supplie la patrie française de rester fidèle à ses traditions [1]… » Ce noble langage ne fut pas écouté. Or, qu’arriva-t-il ? Au commencement de 1889, le gouvernement suisse invita tous les gouvernemens européens à prendre part à une conférence qui aurait pour objet d’arrêter les bases d’une législation internationale du travail dans les fabriques. La France accepta cette fois de s’y faire représenter. Mais Guillaume II confisqua la proposition du gouvernement fédéral, et la conférence eut lieu non pas à Berne, mais à Berlin. Si l’on avait suivi l’inspiration d’Albert de Mun, la conférence aurait eu lieu à Paris ; elle eût, vraisemblablement, abouti à des résultats pratiques ; et la France et la Suisse n’auraient pas, une fois de plus, travaillé pour le roi de Prusse [2].

Et ce n’est pas la seule idée sage et féconde qu’Albert de Mun ait lancée et dont il ait poursuivi l’exécution. Dès l’ouverture de la session de 1889, il déposait une série de propositions de lois relatives à la réglementation du travail industriel, à la protection de la petite propriété rurale par la constitution facultative d’un petit domaine insaisissable, et à diverses autres questions économiques et sociales. De plus, toutes les fois que l’occasion s’en présentait, il intervenait activement dans toutes les discussions législatives concernant la situation des travailleurs. Il appuyait, quels qu’en fussent les auteurs, les projets de loi qui lui paraissaient réaliser fût-ce le plus mince progrès social ; par ses observations, par ses amendemens, il s’efforçait d’améliorer ou de corriger des lois imparfaites ; et il n’y réussissait pas toujours ; mais quelquefois pourtant, il parvenait à faire adopter son avis. Lois sur les syndicats professionnels, sur la responsabilité des accidens dont les ouvriers sont victimes dans leur travail, sur l’organisation des caisses de secours et de retraite des ouvriers mineurs, sur le travail des enfans, des filles mineures et des femmes dans les établissemens industriels, discussions sur le minimum de salaire, sur l’arbitrage

  1. Discours, t. III, p. 123-124.
  2. Vous verrez que l’Empereur allemand saura bien invoquer ce « précédent, » quand, pour sauver sa dynastie condamnée par le président Wilson, il feindra de vouloir « démocratiser » son Empire. Ne vient-il pas, dans la réponse de son chancelier, M. Michaelis, à la note pontificale, arguer de ses platoniques déclarations pacifiques d’autrefois, pour essayer d’établir qu’il n’a pas voulu la guerre actuelle ?