Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/801

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


heureusement quelquefois ! — toute l’activité d’un parlementaire : il travaille dans les commissions ; par ses conseils, par ses conversations, par sa correspondance, bref, par son action personnelle, il exerce, a la Chambre et en dehors de la Chambre, une certaine influence. Et cette influence qui, dans certains cas, est considérable, et dont les résultats sont rarement tangibles, nous échappe pour une large part ; elle se confond avec d’autres ; elle se dilue dans l’impersonnel. Il faudrait, pour nous la faire toucher du doigt, un témoin très bien informé de cette activité quotidienne qui se dépense en des besognes collectives et, peu s’en faut, anonymes. Les futurs biographes d’Albert de Mun auront là, sans aucun doute, une veine fort intéressante à exploiter.

Mais, en attendant, la série de ses discours, avec les éclaircissemens qui les accompagnent, suffisent à nous donner une idée, sinon tout à fait complète, du moins assez précise et extrêmement vivante, de son rôle politique et de son œuvre oratoire.

Albert de Mun était né orateur. Je regrette de ne l’avoir jamais entendu à la tribune de la Chambre, car c’est à la tribune qu’il faut juger les orateurs, comme c’est « aux chandelles » qu’il faut apprécier les dramaturges. Le geste, la voix, l’accent, l’attitude extérieure, l’action, en un mot, sont, en matière oratoire, chose plus importante que l’originalité des idées et que la perfection même de la forme. L’orateur est une âme qui se donne, bien plutôt qu’une pensée qui s’exprime. Et c’est pourquoi tant d’orateurs célèbres, — et justement célèbres, — quand la vie n’est plus là pour soutenir leur verbe, semblent vides, boursouflés, et sont proprement illisibles. Il serait souverainement injuste de juger Mirabeau, Thiers ou Gambetta sur leurs discours imprimés : le meilleur s’en est évaporé avec la flamme intérieure et vivante qui les animait et se communiquait à l’auditoire.

Il n’en va pas de même pour les discours d’Albert de Mun. Ils ont pu survivre aux séances parlementaires, aux circonstances diverses qui les ont vus naître ; ils ont pu affronter, sans trop grand dommage, la périlleuse épreuve de l’impression, de la simple lecture visuelle. On écoute encore avec respect, avec attention, avec sympathie cette parole refroidie et encore vibrante. Assurément, les raffinés du style peuvent soulever