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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/665

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La discipline de l’armée existera par la libre volonté du citoyen-conscient et non par un salut imposé ! »

On a vu comment s’était manifestée, à l’arrière et sur le front, cette discipline nouvelle, instaurée « par la libre volonté du citoyen-conscient ! » Elle avait causé les massacres d’officiers dans toute la région baltique et à Pétrograd ; amené la perte de Tarnopol, de Cernovitz et de Stanislau ; découvert le flanc de l’armée roumaine obligée de redoubler d’héroïsme et condamnée à consentir d’énormes sacrifices pour ne pas être entraînée dans la déroute de l’armée russe. Enfin, elle allait causer la perte de Riga.

Soyons justes envers tous. Les communiqués russes nous ont appris que sur divers points du front, au cours des attaques qui entraînèrent la chute de Riga, des régimens ont fait preuve d’un grand courage. Pour retarder la marche victorieuse de l’armée allemande, ils ont contre-attaque vigoureusement, sacrifiant leur vie afin de permettre aux troupes russes d’exécuter leur retraite en bon ordre et à l’abri de leur feu. Honneur à ceux-là ! Aussi bien, nous savons ce qu’il y a de réel courage, de vivace héroïsme dans l’âme du soldat russe. Les armées qui, sans reculer d’un pas, ont tenu pendant plus de deux ans les troupes de Hindenburg en haleine, auront toujours droit à notre gratitude. Ce n’est pas elles que Kornitoff accusait. Aucun des patriotes russes, aucun des amis de la Russie ne s’y est trompé. La démoralisation de l’armée, la défaite sur le front du Sud, la perle de Riga sont le résultat de la politique des Soviets. Cela ressort très clairement de l’ultimatum adressé à Kérensky par le généralissime Korniloff, exigeant non seulement la formation d’un gouvernement nouveau formé de trois dictateurs et dont il ferait partie, mais la dissolution de tous les Soviets.

Korniloff n’est pas arrivé d’un seul coup à cette extrémité douloureuse. Pendant de longs jours il négocie avec Kérensky, tâche d’entraîner le grand ministre dans la voie des réformes nécessaires, montre la déliquescence de l’armée entraînant celle de la Russie, réclame l’autorité dont il a besoin, insiste pour que soit rétablie la peine de mort.

Kérensky temporise. Il a à compter avec les Soviets. Il promet que le projet de rétablissement de la peine de mort sera porté devant le gouvernement provisoire. On le sent tiraillé entre son désir d’établir des mesures qu’il juge indispensables