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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/629

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toute établie. » Frago a traité plus d’une fois ce sujet des « petits prédicateurs. » Il a fait aussi des études de gens du port, de filles de Santa-Lucia, soigneusement datées de Naples.

Le monde occupait fort Bergeret ; il fut invité plusieurs fois à diner avec son fils par le prince de Francavilla, grand maître de la maison du Roi, qu’il avait eu l’honneur de recevoir chez lui à Paris. Il fréquenta la maison du chevalier Hamilton, ambassadeur d’Angleterre, dont les « conversations » de trois cents personnes avec jeu et musique étaient célèbres. On vit les Bergeret parader, à l’ouverture du théâtre San-Carlo, dans la loge de la princesse de Francavilla. « Les seigneurs du pays » les guettaient, parait-il, « pour voir l’effet sur eux de cette salle si renommée et éclairée d’innombrables bougies vis-à-vis des glaces et des miroirs. » Ils jouèrent convenablement une admiration, qu’il fallut étendre à la musique, mais que leur goût français ne confirmait pas. Ils obtinrent la faveur d’être présentés au roi Ferdinand IV et à la Reine, à Portici, et ne manquèrent pas de prendre le grand deuil pour la mort de Louis XV, annoncée par les courriers du 26 mai. Frago, n’étant point homme de qualité, fut dispensé de coudre des « pleureuses » aux manches de son habit.

On dessina beaucoup à Naples chez Bergeret, pendant les jours de pluie, qui furent nombreux, et durant la réclusion qu’on trouva de bon ton de s’imposer aux premières nouvelles de la grave maladie de Louis XV. « Samedi, 21 mai. Nous nous abandonnons tous à dessiner beaucoup, n’étant pas convenable de nous présenter en public, ni n’en ayant envie dans un moment où nous sommes très inquiets… Nos portefeuilles se trouveront augmentés de ce genre de vie un peu retraité. » « Mercredi, 8 juin. Continuation d’orage et de pluie… Ce vilain temps m’a procuré des dessins charmans de la part de mes compagnons de voyage. » Les travaux personnels de l’amateur ne nous importent aucunement ; ceux de Frago paraissent être la suite des compositions d’après La Fontaine, que Bergeret lui a demandées et qui serviront plus tard à illustrer une édition célèbre.

Les voyageurs passèrent, au retour, une quinzaine à Rome, firent, en trois journées, l’excursion classique de Frascati et des monts Albains, et virent l’étonnante fête de la Saint-Pierre, avec les illuminations, l’embrasement de la coupole et la Girandola tirée au château Saint-Ange. Aussitôt après, ils