Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/622

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


du Dominiquin à San Girolamo, le Palais Farnèse, le Gésu, qui l’émerveille, le Capitole, où toute l’antiquité des livres lui monte à la cervelle, le Campo Vaccino, le Cotisée !

« On revient dîner ou souper à quatre heures, on parle de ce qu’on a vu, comme les chasseurs de leur chasse, et ceux qui vous conduisent bien vous annoncent que vous n’avez encore rien vu. C’est inconcevable ! » Presque aussitôt, pour varier les impressions, Frago le mène à ses chères villas, où il a tant de fois dessiné et peint lors des belles matinées de sa jeunesse. Ce sont les jardins Borghèse avec leurs plus parasols, la villa Mattei avec ses chênes centenaires, la villa Panfili aux terrasses harmonieuses, la villa Negroni que domine Sainte-Marie-Majeure, ou la villa Médicis, qui règne sur Rome entière. Parmi ces architectures savantes et ces nobles ombrages, le financier jette des cris d’étonnement mêlés de puériles critiques, de jugemens à la Turcaret, qui doivent faire sourire l’artiste ; mais celui-ci en souffre sûrement à la villa d’Estè, où il a vécu quatre mois d’heureux labeur aux côtés de son ami Hubert Robert.

Le journal de Bergeret, avec ses observations et ses boutades, ses itinéraires et ses horaires fort précis, est assez curieux à feuilleter pour qui veut étudier la Rome des papes. Il nous rend la ville qu’on voyait encore avant les récentes destructions qui en ont définitivement changé le caractère. N’y cherchons que les renseignemens qui permettent de reconstituer la vie et les occupations de Fragonard. Le narrateur ne le nomme presque jamais, mais on le sent présent dans toutes ses journées et continuellement appelé au conseil. Il est seul consulté dans les galeries et les églises ; pour les antiquités, il s’adjoint un jeune ami, l’architecte Paris, un des plus aimables habitans du palais Mancini, qui prend ses conseils afin de remplir ses portefeuilles de dessins utiles. Le peintre et l’architecte savent diriger les visites de l’amateur chez ces marchands romains qui ont si tôt fait de circonvenir et de tromper l’étranger. Dès les premiers temps du séjour, Bergeret a couru la ville pour commencer des collections : « Ma matinée s’est passée à voir tous les graveurs en pierres et toutes sortes de pierres antiques, et aussi quelques marbriers qui sont d’une adresse singulière à tourner des vases de porphyre ; j’ai vu aussi des marbres dont nous n’avons aucune idée par la beauté… J’ai été passer une