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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/609

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danger, s’est dressée toute une élite intellectuelle, ardente à affranchir sa pensée comme sa conscience, soucieuse de plus de fierté d’attitude d’abord, chez les descendans des anciens « Gueux de mer, » passionnément résolue ensuite à décoller de son âme les suçoirs de la pieuvre germanique. Car, à l’éclair des obus, elle a vu l’œuvre sournoise déjà accomplie, et elle a frissonné à la pensée de cet autre danger, le danger moral, pire encore que le premier. C’est cela qui lui fait chercher à tâtons la France dans la fumée de l’heure présente ; et, jusque hier du moins, la France était trop absente de chez elle. Absente de ses ports et de ses docks, passe encore, c’est la guerre ; mais absente de ses affaires, de son commerce, de ses échanges généraux, et cela depuis trente ou quarante ans, quelle faute ! et absente de ses librairies, de ses kiosques de journaux, tandis que l’Allemagne inonde le marché de sa presse, quelle fatalité pour nous ! Le peu que la Hollande sait de nous, elle l’apprend par nos ennemis ! Pourtant, un peu de vérité française filtre dans ces obscurs maquillages, et c’est à cette clarté qu’on se dirige vers nous. On sent la France éternelle sous la France actuelle, et comment l’une ne s’expliquerait pas sans l’autre. On sent que la Marne fut un autre Valmy, et d’une autre conséquence. On sent enfin que la victoire de la France sera celle des nations libres, et que sa défaite serait leur défaite. On ne le sent pas seulement, on le dit tout haut, on l’imprime. Une femme, Mlle Charlotte A. van Manen, fait précéder son livre sur l’Épanouissement de l’Allemagne et l’hégémonie prussienne [1], de ces lignes : « La Hollande naquit d’une lutte pour la liberté… Vivant dans cette même liberté enracinée, elle attend du vingtième siècle la liberté intérieure. C’est donc par l’essence de sa nature même que la Hollande se sent une avec tous ceux qui aspirent au même idéal. » Ces lignes ont été écrites pendant la guerre, en avril 1916.

Ainsi le désir de connaître mieux la France de ce temps, de se rapprocher d’elle, de lui témoigner admiration et reconnaissance tendres, est ce qui travaille en ce moment la Hollande, fidèle en ceci à toutes ses traditions d’indépendance, de haute culture, et de sympathie pour la civilisation latine. Car, malgré le voisinage des populations et des langues, elle, est beaucoup

  1. (La Haye, Martinus, Nijhoff, 1916, traduction française). L’auteur est docteur en sciences politiques.