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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/607

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à faire paraître ses travaux en langue allemande, perdant ainsi sa clientèle ordinaire de lecteurs ; avec un docteur Troub, ancien recteur, correspondant de notre Académie de médecine, promoteur de l’hôpital néerlandais de Paris, et défenseur plein d’humour de nos idées françaises ; avec un Franzen, médiéviste, qui, né d’un père allemand et d’une mère lorraine, citoyen allemand lui-même jusqu’à la guerre, s’est fait naturaliser hollandais par dégoût de l’Allemagne ; avec un Logeman, professeur hollandais de l’Université de Gand, et expulsé par von Bissing pour n’avoir pas voulu coopérer à la « flamandisation germanique. » de l’université belge, dont il était le loyal serviteur ; avec un Boissevain père, le patriarche vénéré de la presse amsterdamoise, qui répondait en ces termes à mes remerciemens pour un article chaleureux visant la France : « Je suis de cœur et d’âme Hollandais, et pourtant la France est pour nous tous un sol sacré et aimé. Oh ! comme je prie pour sa victoire ! » Celui-là, descendant lointain de réfugiés, avait encore, il est vrai, du sang français dans les veines.

Mais combien de purs Hollandais pensent comme lui ! Combien m’ont exprimé des sentimens analogues ! Qu’il y avait souvent, même sans paroles précises, de sympathiques sous-entendus dans certaines poignées de mains ! On se sentait ainsi en fraternité avec le très savant Kortewg, bien connu de notre regretté Darboux ; avec les hommes du Comité « Hollande-France, » MM. van der Schalk, Bauer, Th. Boelen, et le très dévoué G. Walch ; avec M. Vliegen, échevin de la ville d’Amsterdam ; avec l’historien Kernkamp ; avec l’excellent « lecteur » Gallas ; avec le professeur Niermeyer, avec M. Vahlkoff, d’Hilversum, et avec tant d’autres ! véritable élite intellectuelle, levain actif de la fermentation anti-allemande autour du noyau d’Amsterdam, sans parler d’autres élémens très agissans ailleurs. Et encore n’ai-je pu rencontrer ni l’éminent juriste van Embden, qui, après le torpillage de la Lusitania, envoya une démission retentissante à toutes les revues juridiques allemandes dont il était le collaborateur ; ni l’énergique député van Hamel, digne neveu du célèbre professeur de Groningue, qui, dans sa revue hebdomadaire, l’Amsterdammer, jetait hardiment un cri d’alarme : « Hollande, prends garde ! » après certain procès de presse où la magistrature de la Haye ne lui avait point paru assez indépendante.