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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/606

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professeurs graves, sur ces hommes de lettres, ces fonctionnaires : et je comprends que, si nos amis de Hollande se figuraient assez jusqu’ici l’âme de la France manifestée à la Marne, ils ne la sentaient pas encore directement. Maintenant, ils l’écoutent, ils la voient, ils la touchent. Et ils l’admirent. Ils n’osaient pas encore espérer pour nous. Et voici que notre espérance, mieux encore notre certitude, affirmée, démontrée par nous, les saisit, les enchante, les transporte. Ils ne demandent qu’à croire à la victoire de la France ! Une fois dégagée de cette lourde oppression dont la propagande et la presse allemandes accablaient leurs esprits, les voilà heureux, fervens, applaudissans, et buvant les paroles d’espoir en levant vers nous des yeux humides. Je n’oublierai jamais la chambre de Gustave Cohen.

Mais je n’oublierai pas non plus la salle de cours, transformée en serre, où il reparut à mon bras devant ses étudians pour sa rentrée à l’université, ni ce « Cercle français, » son œuvre, où il fut acclamé par un auditoire déjà considérable quand il vint présider ma première conférence : nous ne savions comment avancer dans un massif de fleurs qui parlaient par tous leurs rubans. Et les séances suivantes virent grandir, s’afficher de plus en plus ce succès fait à la France. Quelle joie profonde, quelle fierté, même pour le cœur le plus modeste, de sentir l’amour de sa patrie grandir dans l’âme de l’étranger et de fraterniser avec lui dans cet amour ! Ces impressions communiquées de proche en proche dans un pays où rien n’est « lointain, » et multipliées par les rencontres, les invitations, les attentions de toute sorte, devaient, en fin de compte, grâce au succès éclatant de mon compagnon à la Haye, aboutir à notre réception par LL. MM. les Reines, et à la grande manifestation française du 26 mars.

A Amsterdam, tout paraît avoir son centre, plus qu’à la Haye. Mon champ d’observation était plus étendu, plus varié, plus fécond. Il est vrai qu’en quelques semaines, coupées de légères absences, je n’ai pu tout voir, ni voir tout le monde ; mais n’est-ce rien que d’utiles contacts, que des amorces sympathiques d’amitiés susceptibles de lendemain ? Ce fut, certes, un honneur pour moi, et un privilège, de pouvoir maintes fois lier conversation avec des hommes tels que le savant doyen Bôer, qui depuis la violation de la Belgique, a renoncé