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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/600

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l’éclairage, l’animation et la gaîté de la foule, l’agglomération dans les cafés illuminés, et tous les visages, toutes les tables face à la rue et à son spectacle à travers les devantures de glaces sans rideaux, disaient la paix, et la paix encore dans l’abondance, dans le confort habituel. La Hollande vivait sa vie de ruche, mais dans un peu plus d’excitation, voilà tout.

Dès le lendemain matin, les premiers contacts étaient pris. Quoique notre mission fût tout amicale et n’eût rien de spécifiquement politique, des visites s’imposaient, dans les milieux officiels ; elles furent toutes gracieusement accueillies, avec de ces nuances d’empressement qui ne trompent pas. Visiblement, on était bien aise de voir des Français qui, sans titre officiel, venaient connaître les sentimens de la Hollande pour la France et exprimer ceux de la France pour la Hollande. De ces derniers nous pouvions nous porter garans : une trop longue tradition d’estime et d’amitié existait chez nous envers le pays néerlandais, asile séculaire de la pensée et de la religion persécutées, pour que même la plus cruelle des guerres en eût sensiblement altéré l’essence. Mais étions-nous aussi sûrs des sentimens de la Hollande, et n’avions-nous pas à ce sujet quelque patriotique appréhension ? Nous l’avions, il faut l’avouer. Cette appréhension fut vite dissipée. Dès qu’aucune méprise ne fut possible sur le but de notre voyage et l’esprit dans lequel il avait été conçu, on vint à nous les mains tendues. Le caractère de mon compagnon, représentant désigné de la Fédération des Eglises protestantes de France, mon long passé universitaire, enfin nos attaches dans un pays où l’un de nous retrouvait même des demi-parentés, tout cela nous valut la confiance, avec la sincérité qu’elle entraine à sa suite. Nous pûmes ainsi écouter, et répondre ; distinguer le vrai son de la voix nationale, et ne pas nous méprendre ; voir enfin, sous certaines apparences et certaines contingences accidentelles, le fonds permanent. Dans d’autres pays, visités par nous ensuite, nous pûmes avoir surtout à craindre d’être dupes ; ici, il fallait surtout nous garder d’être injustes ; bien comprendre, avant d’apprécier. Si la cordialité se doit aux amis, et l’équité même aux ennemis, comment ne pas prêter une oreille attentive, et bienveillante surtout, à de discrètes protestations inspirées par le désir d’être mieux jugés, par la conscience de n’avoir pas démérité ? Comment n’être pas sensibles à des plaintes