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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/536

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et méprisée, une menace redoutable pour sa propre domination.

Il importe donc de définir les positions respectives. La monarchie des Hohenzollern ne laisse pas ignorer qu’elle défend un certain système confessionnel et qu’elle le considère comme un moyen de contrainte, comme une garantie de son autorité. « Ce ne sont ni les garnisons ni les villes de guerre, déclare en 1818 le ministre Ancillon, ce ne sont pas les forteresses fédérales qui nous couvriront contre la France, protectrice des catholiques, mais le mur d’airain du protestantisme. » D’ailleurs, les Rhénans se sont très vite convaincus que la Prusse était le soldat d’une religion ennemie de la leur. Pour expliquer l’antagonisme des annexés et des envahisseurs, Karl Schurz n’hésite pas à mettre le doigt sur la plaie : « La population, dit-il, était presque exclusivement catholique, tandis que le mot de Prusse est synonyme de protestantisme. » Les paroles d’Ancillon, rapprochées des événemens qui ont suivi, prennent une valeur très significative. A ses yeux, comme à ceux du souverain et de la haute bureaucratie berlinoise, le catholicisme est la religion des Français refoulés en 1815 : il est également celle du grand empereur vaincu à Waterloo. On ne saurait donc s’étonner que la guerre confessionnelle se soit en fait colorée d’une teinte d’opposition nationale. Comme à leur Code, les Rhénans se sont attachés à leur Eglise ; ils ont vu en elle le lien qui les unissait à la France et le sûr retranchement où la Prusse ne pouvait jamais les forcer.

Il n’y a en effet aucune exagération à prétendre que, sur la rive gauche du Rhin, l’idée française et le catholicisme ont été en connexion étroite. Les persécutions coïncident avec le mouvement d’opinion qui, en Allemagne ainsi que chez nous, tend à considérer Napoléon comme le défenseur de la foi romaine. L’année de sa mort, ses vétérans de Mayence célèbrent en lui le catholique accompli. Ils le font parler en vers :

Nicht Philosoph, nicht A theist
Verscheide ich als guter Christ.
In meiner Vater Glauben schreit
Ich in die Welt der Ewigke ;
Das Erdenglück, das ich erzielt,
Hat mir der böse Geist verspielt.
Vergebe, göltliche Geduld !
All’ meinen Feinden ihre Schuld.