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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/524

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n’a été lancée. — Votre parole d’honneur ? Vous êtes un imbécile. — Je crois que la parole d’honneur d’un bourgeois de Cologne vaut bien celle d’un lieutenant prussien. »

Le 4, deux cent cinquante soldats sont encore là, commandés par un major. Les collisions recommencent ; un citoyen est tué, et un officier insulte la foule : « Canailles, chiens, gredins. » Les charges à la baïonnette se succèdent ; il y a des blessés ; les habitans protestent par une lettre adressée au procureur général Berghans, personnage bien vu de la population, et ils se plaignent de l’acharnement « barbare » dont la troupe a fait preuve. La chasse aux Colonais, échevelée et folle, se poursuit pendant toute la journée. Le 5 au matin, la ville présente un aspect lamentable ; des flaques de sang, des touffes de cheveux arrachés parsèment les rues ; beaucoup de maisons « ont endommagées ; un grand nombre de blessés légers ont regagné leur domicile ; les grands blessés ont été transportés dans les hôpitaux ; la population, exaspérée, achète des armes et aiguise des faux. Alors les principaux citoyens se réunissent, et le procureur général essaie de les calmer, mais sans succès. Le conseil municipal décide la création d’une garde nationale, afin d’enlever aux Prussiens tout prétexte d’intervention. Les fantassins rentrent dans leurs casernes, et la tranquillité se rétablit aussitôt, mais dix mille personnes assistent à l’enterrement du Colonais tué par les soldats. Le 10 septembre, les ministres de la guerre, de l’intérieur et de la justice, lancent à la population un avertissement courroucé. La mairie répond par une protestation non moins violente. Le 4 octobre, le roi, de Sans-Souci, lance un Ordre de Cabinet foudroyant. Il blâme les mots français qui, émaillent la pétition du conseil municipal, et regrette qu’une garde nationale ait été formée, ce qui donne à son gouvernement une apparence de faiblesse. Il est à la fois dur et provocant, et donne raison à son armée. « Tout soulèvement contre l’autorité publique est un crime grave dont les conséquences sont incalculables, surtout dans une ville qui passe avec raison pour être l’un des boulevards de l’Allemagne- Je désapprouve donc que, dans l’adresse que j’ai reçue, l’on ait désigné comme insignifiante la cause pour laquelle les troupes sont intervenues. Bien au contraire je juge que l’émeute, dans les conditions où elle s’est produite, devait être étouffée par la force des armes ; ce qui ne m’empêche pas