Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/455

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


étincelante et de « Notre Dieu. » Toute l’Allemagne couve des yeux ses familiarités olympiennes… Tout cela est terriblement vieux jeu. Le général Joffre est assis dans le gentil petit salon d’une villa très ordinaire, à proximité commode du quartier général. Autour de lui, les meubles, sans aucune prétention, ne se font remarquer ni par la magnificence, ni par une affectation de simplicité et de hardiesse… Il est assis de côté à sa table, comme un homme pourrait s’asseoir pour bavarder dans un café.

C’est, au physique, un homme de forte carrure, et dans ma mémoire il prend des proportions toujours plus grandes. Je le revois maintenant, dans une de ces pièces comme en occupent les bons bourgeois et telles qu’on les voit vaguement esquissées à l’arrière-plan de tant de bons portraits, grande forme vêtue de bleu, avec une voix douce et des yeux un peu fatigués, expliquant très simplement et très clairement les difficultés que ce vulgaire impérialisme de l’Allemagne, s’emparant de la science moderne et de ses modernes applications, a créées à la France et à l’esprit de l’humanité.

Il parla surtout de l’étrangeté de cette maudite guerre. C’était exactement comme un ingénieur sanitaire parlant des difficultés imprévues de quelque inondation particulièrement malpropre. Les mains faisaient un petit geste sec, horizontal. D’abord il avait fallu établir un barrage et arrêter le torrent, comme cela ; puis on eut à organiser la poussée qui le refoulerait. Il explique l’organisation de la poussée. On était maintenant arrivé à une organisation qui fonctionnait de la manière la plus satisfaisante.

Il n’y avait dans ses propos sur les Allemands, non plus que dans ceux des deux autres généraux, ni hostilité ni bienveillance. L’Allemagne n’est manifestement pour eux qu’une chose mauvaise. Ce n’est pas une nation, ce n’est pas un peuple : c’est un fléau. Il s’agit de donner à cette grande contre-attaque plus d’ampleur et de force jusqu’à ce qu’ils reculent. La guerre doit finir en Allemagne…

Peut-il y avoir contraste plus grand que celui d’un homme aussi ferme, patient, raisonnable, — et par-dessus tout capable, — que le général Joffre et du rhéteur de Potsdam, avec ses discours sur la puissance allemande, le Marteau qui frappe et la Hache qui va tout massacrer ? Peut-il y avoir un doute sur l’issue finale entre eux ?

… La puissance qui a pris à la gorge la grande effigie de l’impérialisme allemand est quelque chose de très composite et de très complexe ; mais si nous essayons de la personnifier, c’est quelque chose qui ressemble plus au général Joffre qu’à toute autre figure humaine que je puisse concevoir ou imaginer.


Et un peu plus loin :