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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/454

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de la science. Celles-ci ne sont que des moyens, indifférens au bien et au mal. Aujourd’hui elles engendrent la destruction, elles sont les esclaves de la force militaire ; demain, espérons-le, elles recommenceront à jeter des ponts, à effectuer des transports, à loger les hommes, à les aider… Pour cette paix nous combattons contre la dure et morne Allemagne, contre sa Volonté de Puissance. La guerre actuelle n’est pour nous rien de plus qu’un gigantesque et héroïque effort d’ingénieurs sanitaires, décidés à purifier l’Europe.

De là le contraste entre les deux camps : d’un côté, l’ostentation, le désir de frapper les imaginations, de symboliser la force dans de grandes figures théâtrales : le Kaiser, Hindenburg, et autres « effigies » qu’on promène comme dans un cortège et que la légende s’efforce de dresser au-dessus des foules ; de l’autre, un réalisme tranquille et résolu, le seul désir de bien comprendre la situation, de la faire comprendre autour de soi et d’agir au mieux. Les Alliés sont entrés sans effort dans la vérité de cette guerre, qui est celle des peuples et ne se prête point au culte des idoles. Le temps des idoles est passé, et c’est en vain que les Allemands s’y attardent encore : ils n’ont trouvé à dresser que leur Hindenburg, une idole de bois. Ce drame de la plus grande des guerres n’est pas une pièce à personnages : c’est le drame de l’humanité. On y trouve un nombre infini de héros épisodiques, mais pas un rôle d’étoile. Le grand homme, ici, est l’homme ordinaire. Impérieusement, ces héros de la multitude interdisent qu’on dresse des effigies. « Quand j’étais jeune homme, j’imitais Swift et posais pour le cynisme ; je tiens à confesser qu’aujourd’hui, à l’âge de cinquante ans et grandement aidé par cette guerre, je me suis pris d’amour pour l’humanité. »

Admirable représentant de cette humanité et véritable antithèse de l’Effigie, tel est apparu à M. Wells, lors de sa visite au front français, notre maréchal, — alors général, — Joffre :

L’effigie,
« Toi Prince de la Paix,
Toi Dieu de la Guerre, »

comme l’appelait M. Sylvester Viereck, caracole sur un grand cheval, porte un manteau wagnérien, s’assied sur des trônes et parle d’armure