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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/436

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matériel en question, on n’avait surtout pas le désir d’entreprendre quoi que ce fût sur la côte ennemie, et cela pour les raisons que j’exposais plus haut. Il faut dire aussi qu’en se dérobant à l’étreinte anglaise, dans la phase finale de la bataille, la flotte allemande conservait la faculté de faire un second et dernier effort sur la flotte adverse, si celle-ci avait prétendu tirer de son succès toutes les conséquences possibles. Mais quel résultat l’amiral von Scheer eût-il obtenu d’une nouvelle sortie, dans l’état de délabrement où étaient les vaisseaux qui lui restaient, le 1er juin ?…

Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que la preuve a été faite, le 31 mai 1916, de l’efficacité du matériel et de la valeur des procédés tactiques de l’assaillant contre le matériel et contre les procédés tactiques du défenseur. Il convient toutefois de faire quelques légères réserves. C’est ainsi qu’il ne semble pas que nos Alliés aient eu sur le champ de bataille des navires de plongée plus qu’ils n’avaient d’appareils aériens. Peut-être n’employaient-ils pas non plus « certains projectiles » tandis qu’il est fort probable, sinon assuré, que les Allemands en ont usé avec quelque succès. Ces derniers ont aussi fait usage de fumées artificielles, utiles dans certains cas, dans la marche en retraite, surtout. Il n’est pas aisé de savoir si, dans cette grande bataille à péripéties très diverses et à mouvemens compliqués, ils ont mis à l’eau des mines dérivantes. C’eût été assez imprudent, ces engins ne distinguant pas l’ami de l’ennemi.

On peut compter, en tout cas, que dans une nouvelle rencontre entre la force navale anglaise, assaillante, et la « défense mobile » allemande, la première serait pourvue cette fois, de tous les engins susceptibles de rendre son triomphe plus éclatant encore que le 31 mai 1916. Dès lors, l’armée ennemie étant décidément mise hors de cause, les véritables opérations côtières pourraient commencer. Or, cette nouvelle rencontre, on peut la provoquer.

On ne saurait pourtant pas être sûr que ce processus soit observé et l’on doit admettre aussi que cette défense mobile allemande, — la Hochsee flotte, en définitive, augmentée du plus grand nombre possible de formations légères, — attendrait pour sortir de son réduit que l’adversaire eût marqué d’une manière positive ses intentions en attaquant un point de la côte. Ce serait une intervention exécutée au moment propice