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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/432

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telle honte, la conscience des peuples, souvent plus délicate que celle de leurs gouvernemens, ne se fût enfin révoltée. Or il serait facile de montrer que, dans cette hypothèse extrême, le bénéfice eût encore été pour nous. Deux ou trois centaines de mille hommes jetés dans l’un des plateaux de la balance des colossales armées modernes n’en pouvaient altérer définitivement l’équilibre, alors que le blocus du Nord aurait eu le plus haut degré d’efficacité, étant plus simple, plus facile à tenir et devenant strictement, légalement effectif, ce qui supprimait toute discussion, toute négociation, tout compromis avec les autres neutres.

Aussi bien, pourquoi s’étendre sur un sujet où l’accord est fait depuis longtemps sans qu’on ose, de ce côté-ci de l’Atlantique, l’avouer expressément, retenu que l’on est par de généreux scrupules, tandis que le chef éminent de la grande république américaine déclare sans ambages aux Scandinaves et aux Hollandais qu’il n’admet pas que leur trafic soutienne les ennemis du genre humain et contribue à faire durer une guerre abominable. Si, comme il y a tout lieu de le croire, le cabinet de Washington se tient ferme sur le terrain du refus de toute exportation en faveur des neutres qui font du négoce avec l’Allemagne, ceux-ci seront probablement obligés de prendre parti. On conviendra que la nuance est peu sensible entre cette mise en demeure et celle que les Alliés auraient pu adresser depuis longtemps aux ravitailleurs des Empires du Centre.


Je crois bien, du reste, qu’on eût fait bon marché de ces scrupules dont se rient depuis trois ans nos adversaires, si les gouvernemens de l’Ouest ne s’étaient trouvés en présence de la tenace opposition faite par la plupart des chefs des marines militaires à toute opération sur les côtes de l’Allemagne.

Quels sont exactement les mol ifs de cette opposition ?

Contrairement à ce que d’aucuns pensent, il ne semble pas que l’on se soit trouvé, du moins au début de la guerre, en face d’objections de principe sur les résultats de la lutte entre bâtimens de combat et défenses de côte. On voit les flottes française et anglaise attaquer les Dardanelles avec un superbe dédain des moyens que leur peut opposer le défenseur. Lorsque l’Amirauté envoie dans le Levant le « dreadnought » neuf Queen Elisabeth, nul ne doute que les canons de 381 millimètres de