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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/431

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odieuses et d’écœurans crimes sadiques provoqués par le désir de terrifier les adversaires, les neutres, la terre entière, autant que par une méchanceté atavique, la schadenfreude[1].

Or, quand on constate ces faits indiscutables et que les neutres du Nord, en particulier, ne discutent plus, depuis que leurs navires de commerce sont coulés sans merci, il est impossible de méconnaître que l’on ne se trouve plus dans ces conditions normales de la guerre qui, seules, avaient permis l’établissement de règles bienfaisantes auxquelles consentaient à se plier les peuples de la « chrétienté, » et aussi ceux qui, appartenant à d’autres familles ethniques que la nôtre, sont parvenus pourtant à un degré de civilisation analogue.

Non, on n’est plus dans les conditions normales du fonctionnement de l’ancien droit. Et ce n’est pas seulement à cause du caractère de férocité que l’Allemagne et ses alliés ont donné à la guerre ; ni à cause des origines du conflit, expressément voulu et préparé par les Empires du Centre ; ni enfin à cause de la durée de cette crise affreuse, que sa longueur rend insupportable en raison même des cruautés qu’y commettent sans relâche nos adversaires… Mais c’est aussi qu’il apparaît de plus en plus que certaines neutralités sont fictives, ne profitant qu’à nos adversaires qui ont, depuis des années, tout disposé pour qu’il en soit ainsi. C’est encore que certains gouvernemens, soit par crainte, soit en vertu de considérations d’ordre dynastique, soit par suite de l’influence toute particulière qu’exerce l’Allemagne sur les chefs des partis dominans [2], se sont mis complètement dans la main de nos ennemis.

Il y a longtemps qu’un tel état de choses aurait dû provoquer, chez les puissances de l’Entente, de viriles résolutions. Le pis qu’il pût arriver était que, mis en demeure de choisir, les neutres auxquels je fais allusion prissent ouvertement parti pour les Empires du Centre, si toutefois, devant une

  1. « Le plaisir de nuire. » Ce mot bien allemand n’a d’équivalent dans aucune langue.
  2. Le Matin a donné, dans les premiers jours d’août, une intéressante étude de de M. Ed. Laskine sur les dessous de « l’intrigue de Stockholm. » On savait déjà quel rôle y avait joué le leader socialiste hollandais Trôelstra. M. Laskine nous apprend l’importance qu’a prise celui du leader danois, M. Borgbjerg. Il cite à ce propos le passage suivant de la revue danoise Ugens Tîlskuer : « La direction du parti socialiste en Danemark n’est qu’une section provinciale de la social-demokratie impériale de Scheidemann, etc. »